Le gros livre rouge, le voici : c’est le Code du Travail… !

code du travail
code du travail © MaxPPP / PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN

Vous n’avez pas pu y échapper si vous regardez le journal télévisé… L’un des présentateurs du JT l’a même fait claquer sur la table à 20h en se demandant avec gourmandise : « va-t-il mincir ? »

Le rapport de la plupart des médias français aux préconisations, cette semaine, du rapport Combrexelle est… saisissant.

D’abord, le sujet s’est donc incarné en images dans ce « gros livre rouge », qui, dans le discours médiatique, semble avoir tous les défauts. Imaginez. D’abord il est rouge, quelle horreur; comme le chiffon que l’on agite, et comme le petit livre du président Mao.

Mais celui-ci, en plus, il est gros. 3600 pages. Traduction : trop gros. Obèse. Au régime !! Et puis, il y a une allusion cachée sur le sens du mot : le « code », dans le sens « codé ». Sous-entendu : personne n’y comprend rien.=

Bref, le code du travail, c’est mal !

Tiens d’ailleurs moi aussi, je peux le faire claquer sur la table d’un geste vengeur : et clac !

La presse écrite aussi

Beaucoup de titres d’articles à connotation positive également dans la presse écrite: « Ambition », « Révolution », « Opportunité historique »…

Tout cela laisse entendre que la réforme du code du travail c’est une bonne idée.

Avec aussi, ce dessin révélateur de Plantu en Une du Monde, hier…

Je vous le montre ici en studio, et vous pouvez le retrouver sur le site…

On y voit donc un ouvrier en salopette, aux formes replettes et au regard vengeur. Il prend par le col un homme qu’on imagine être Jean-Denis Combrexelle, auteur du rapport, qui tient à la main ce Code du Travail… à réformer…

Et pendant ce temps, des migrants souriants et affables se présentent à la frontière en s’exclamant « nous travailler dimanche, pas de problème ! ». On peut aimer ou pas ce dessin.

Mais en tout cas, il traduit la victoire idéologique du Medef. Comprenez : le combat historique des salariés occidentaux pour la défense de leurs droits est devenu anachronique…

Excès ou approximations …

Sur le fond d’abord, le rapport Combrexelle n’est pas tout à fait la révolution décrite par certains.

Il n’envisage nullement de réduire la taille du Code.

Et à l’exception (importante) de la question des heures supplémentaires et donc du temps de travail, il ne préconise pas d’inversion des normes qui soudain ferait passer les accords d’entreprise avant la loi ou les accords de branche.

Sur la forme ensuite, certaines présentations médiatiques sur l’obésité du Code du travail relèvent de la caricature.

Elles oublient que sur ces 3600 pages, la moitié seulement relève du Code ; le reste, ce sont des annotations jurisprudentielles. Et surtout, en la matière, il y a bien pire que le Code du travail. Par exemple, le Code des sociétés, ou le Code du commerce. Ils sont encore plus gros !

Mais là, bizarrement, personne ne les fait claquer sur la table du JT en criant au surpoids !

Ca se passe, aussi, comme ça, une victoire idéologique.

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