François Hollande accueille Serge Lazarevic
François Hollande accueille Serge Lazarevic © Radio France

La libération d’un otage obéit à une forme de rituel médiatique…

Un avion officiel se pose sur l’aérodrome de Villacoublay, en banlieue parisienne.

Les journalistes, alertés un peu plus tôt par l’Elysée, sont massés aux abords de la piste.

Le ou les otages descendent de l'avion, accueillis par le président de la République.

Et quelques mots suivent, prononcés à même le tarmac…

Pour l’essentiel, le retour en France de Serge Lazarevic, mercredi matin, a obéi à ce rituel immuable.

Image iconique, qui vient prendre sa place, dans nos mémoires, aux côtés de Jean-Paul Kaufmann, Ingrid Betancourt ou Florence Aubenas.

Ce discours sur le tarmac, c’est le retour symbolique à la liberté, la fin du calvaire.

Des petites différences par rapport au rituel coutumier…

Trois différences…

La première concerne l’image.

Observons attentivement la photo que la plupart des journaux ont retenue.

Nous l’avons ici sous les yeux, en l’occurrence dans La Croix et Le Parisien.

L’image est signée Bertrand Guay de l’AFP. On y voit l’étreinte entre Serge Lazarevic et François Hollande.

Les deux hommes paraissent heureux. Logique.

Mais la presse n’a pas choisi n’importe quel moment de l’accolade.

Elle a retenu la photo où les deux hommes sont au plus près.

Et comme Serge Lazarevic est très grand, près de 2 mètres, sa main gauche se pose naturellement sur la nuque du chef de l’Etat, tandis que la main de François Hollande, elle, doit se contenter du bras de l’ex otage.

L’effet symbolique est saisissant : c’est l’ancien otage qui console le président d’un geste protecteur, comme si le plus affaibli des deux était le chef de l’Etat.

Le choix de ce cliché par la presse ne doit rien au hasard ; il traduit la volonté, consciente ou inconsciente, d’illustrer le désarroi politique de François Hollande.

Loin des clichés habituels où généralement, le plus affaibli, c’est l’ancien otage

La fin du tabou

D’abord, le thème de la « contrepartie » à la remise en liberté, thème longtemps resté tabou, ne l’est plus du tout.

Les médias abordent désormais ouvertement la question.

Le secret de Polichinelle n’est plus : il y a négociation même si l’Etat français ne paie jamais directement de rançon.

Le sujet a été abordé cette fois-ci avec d’autant moins d’arrière-pensées, qu’après cette libération, il n’y a plus d’otage français, à l’exception du cas un peu particulier du franco-mexicain Rodolfo Cazares.

Enfin, le traitement médiatique de cette remise en liberté a été moins « spectaculaire » que lors d’occasions précédentes.

Certes, le sujet a fait l’ouverture des journaux : c’est cohérent, il est trop rare qu’un « feuilleton dramatique » se termine bie.

Mais ensuite, le sujet est assez rapidement « retombé » dans la hiérarchie de l’information.

La personnalité de Serge Lazarevic y est sans doute pour quelque chose ; même si la presse n’a jamais apporté d’éléments vraiment tangibles sur ce sujet, les activités réelles de l’ex otage restent floues.

Ce « cas particulier » nous donne justement l’occasion de nous interroger collectivement sur l’emballement médiatique qui accompagne, d’habitude, ces libérations.

Il révèle combien, en France, nous accordons aux otages un poids symbolique et politique considérable. Et les terroristes… en sont très conscients.

Accorder trop d’importance au tarmac de Villacoublay, c’est donc, aussi, faire le lit des prises d’otages à venir.

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