350 migrants africains étaient installés boulevard de la Chapelle à Paris.
350 migrants africains étaient installés boulevard de la Chapelle à Paris. © PhotoPQR/Le Parisien

La question migratoire est indiscutablement l’un des défis majeurs auxquelles nos sociétés sont aujourd’hui confrontées.

Les évacuations de migrants effectuées depuis 10 jours à Paris, devraient donc logiquement susciter un intérêt médiatique unanime. Et bien non.

La « couverture » est très… hétérogène.

Forte dans certains titres de presse écrite, Une du Monde ou du Parisien.

En radio, notamment à France Inter.

Et dans les talk-shows télévisés.

Faible dans les journaux télévisés.

En 10 jours et 3 évacuations, les JT de 20h de TF1 et de France 2 n’ont respectivement consacré, en tout et pour tout, que 2 reportages (4 minutes de temps d'antenne) à ces opérations de police parfois musclées.

Le sujet est donc globalement passé inaperçue pour qui s’informe uniquement via le 20h.

Comme si, pour le JT, les migrants étaient… invisibles.

Beaucoup moins intéressants en tous cas que le short de Wawrinka, le congrès du PS ou le vol Poitiers-Berlin de Manuel Valls.

Le choix des photos

Il y a en gros 3 options.

Première option : le spectaculaire. Images des CRS en train d’évacuer les migrants. Par exemple ici dans Le Monde.

Le sous-entendu dans l’inconscient collectif renvoie alors aux violentes opérations policières du passé.

On songe à l’Eglise St Bernard en 1996, une comparaison au demeurant excessive, car l’intervention de la police, 1500 CRS, avait alors été beaucoup plus violente.

Deuxième option : le portrait. C’est le choix, en gros, de la presse… de gauche. Par exemple ici L’Humanité, qui raconte le parcours d’un jeune Guinéen, Diallo.

Objectif : que le lecteur s’identifie au migrant, une personne, avec une histoire, comme vous et moi. Troisième option : les tentes.

C’est le choix, en gros, de la presse… de droite.

Par exemple, ici, dans Le Figaro, édition d’hier, on voit uniquement les tentes vertes et bleues des migrants sous le métro aérien.

Mais sinon il n’y a personne. Les hommes, les femmes, les migrants sont nulle part. Introuvables.

Comme s’ils n’étaient qu’un concept.

La presse joue alors le jeu du pouvoir politique. C’est un peu comme les chômeurs. Tout le monde sait qu’ils sont là, très nombreux et que la solution n’est pas pour demain.

Mais plus ils relèvent du concept abstrait, plus ils sont « invisibles » en termes humains, plus ça atténue l’impact politique du drame.

Les liens de causalité

Finalement, la présence de ces migrants dans les rues de Paris, ça n’est rien d’autre qu’une facette supplémentaire des naufrages au large de Lampedusa.

Et curieusement, la télévision a fait beaucoup plus sur les drames en Méditerranée que sur les campements des rues Parisiennes.

C’est pourtant exactement la même histoire : ceux qui ont survécu au naufrage, finissent par arriver à Paris, Calais ou ailleurs.

Si on va au bout du raisonnement, il faut aller plus loin et relier le métro aérien et la halle Pajot à la guerre en Syrie ou la dictature en Erythrée. Ce que nous avons choisi de faire sur Inter, avec les reportages en Afrique et en Méditerranée de Julie Pietri ou Sandy Dauphin.

Les médias ne sont pas là pour résoudre cet énorme défi auquel l’Europe est confrontée.

En revanche, ils ont le devoir d’expliquer l’ensemble de la chaine de causalité.

Et ne pas se limiter à une brève carte postale d’une opération policière qui permet de « gommer » du paysage urbain une image qui… dérange.

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