Les deux frères Kouachi ont fini leur cavale à Dammartin
Les deux frères Kouachi ont fini leur cavale à Dammartin © Maxppp / Yann Foreix

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a décidé de sortir… la règle !!

Et de taper sur les doigts des… « mauvais élèves ».

Au coin !

13 médias au total, tous les grands médias audiovisuels, dont France Inter, font l’objet de vives remontrances dans un communiqué publié hier après-midi.

A première vue, on se dit que l’autorité administrative a raison de mettre les pieds dans le plat… ! C’est un exercice de salubrité publique de pointer les dérives d’une profession prompte au corporatisme.

Face à de tels événements, les médias sont tentés, pêle-mêle, d’aller trop vite, d’oublier de vérifier toutes les informations, ou de donner la priorité aux images spectaculaires.

Exemples, lors des journées de janvier: jeter en pâture au public le nom d’un innocent, ou diffuser sans précaution les images de l’assassinat du policier Ahmed Merabet.

Une méthode discutable

Le CSA a donc décidé hier de distribuer les mauvais points… mais la méthode, est… baroque !!

Au départ, tous les responsables de rédaction de l’audiovisuel, votre serviteur y compris, sont invités par le CSA, le 15 janvier dernier à une séance de réflexion.

Et là, nous entendons un « satisfecit »: « Bon boulot »… !

Un mois plus tard, bing ! Le « maître d’école » sermonne les élèves en public après les avoir félicités en privé…

Plus récemment, le Conseil a sollicité des différents médias quelques explications plus précises.

Mais le cas de France Inter et de France Info, au demeurant peu réprimandés, est édifiant.

Dans son rapport final, le CSA nous reproche un seul fait, précis : avoir annoncé en direct les affrontements à Dammartin en Goële, avec les frères Kouachi, alors que d’un autre côté, plusieurs otages étaient toujours sous la menace d’Ahmedy Coulibaly, à l’hypercacher de Vincennes.

Sous-entendu: cela pouvait mettre en péril la vie des otages.

Sauf que le Conseil ne nous a pas demandé pourquoi nous avions fait ce choix éditorial précis, au demeurant assumé.

Autrement dit, le verdict est tombé sans procédure contradictoire préalable.

Baroque, disions-nous !

Plus troublant encore est l’argumentaire de l’instance dite de « régulation » : elle impute aux médias la responsabilité de déterminer quand une situation « de sauvegarde de l’ordre public » l’emporte sur le devoir d’informer.

Or c’est un fardeau bien trop lourd pour nous !…

A chacun son boulot…

A la presse le devoir d’informer.

A la puissance publique la responsabilité d’imposer des mesures exceptionnelles, pour garantir l’ordre public.

Et dans le cas d’espèce, nous n’avions reçu aucune consigne des pouvoirs publics sur des informations qu’il conviendrait de ne pas livrer.

Le mauvais sujet ?

Le "maître d'école" se trompe de sujet.

D’abord, ces distributions de « mauvais points » aux médias audiovisuels laissent parallèlement le champ libre à la jungle des réseaux sociaux.

En critiquant exclusivement les radios et les télévisions, le CSA pousse de facto à se détourner des médias professionnels au profit, et c’est paradoxal, de l’univers sans régulation d’Internet, propice aux rumeurs et aux fausses informations.

Ensuite, et surtout, l’autorité administrative pose en réalité un jugement moral sur le travail des journalistes, sur ce qu’ils devraient publier ou pas.

Mais au nom de quelle légitimité ce jugement est-il porté ? Le risque est de pousser à une forme d’autocensure dans la presse.

L’ordre public n’y gagnerait rien.

La liberté d’expression y perdrait beaucoup.

Dans ces conditions, les journalistes ont forcément envie de « dire non au professeur ».

Comme dirait Prévert, c’est le propre des cancres !

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