Le nouveau président américain déploie une stratégie délibérée d'attaque des médias. Elle fait déjà des émules en France dans la campagne présidentielle qui commence.

La scène est impressionnante et inquiétante à la fois. Vous l’avez peut-être vue sur Internet ou à la télévision. Donald Trump, lors de sa première conférence de presse de « président élu », refuse catégoriquement de donner la parole à notre confrère de CNN Jim Acosta.

Ce dernier, assis au 1er rang, a beau crier… Trump interdit qu’on lui donne un micro et lui jette sur un ton méprisant : « c’est vous qui faites les fausses informations ». Objet de l’ire du magnat devenu président : le choix de CNN d’évoquer ce rapport des services secrets qui mettrait en cause les relations de Trump avec Moscou.

Rien d’improvisé dans l’attitude du futur locataire de la Maison Blanche. Il humilie délibérément notre confrère en décernant à la presse bons et mauvais points. Et en professionnel de la télé réalité, comme on rajouterait des rires plaqués sur l’image, il a convoqué, au fond de la salle, une partie de son équipe pour applaudir à ses propos en pleine conférence de presse. La mise en scène est soignée, le coup… préparé.

Trump cible à nouveau les médias : il est la vérité, ils sont les menteurs.

Le piège tendu aux médias

C’est une stratégie classique des extrêmes et des populistes. Et on la sent monter en France, à l’occasion de la présidentielle.

Là encore, stratégie calculée. Dénoncer une prétendue « caste médiatique », la désigner comme l’ennemie, comme d’aucuns désignaient « la finance ». Stigmatisation d’un corps social tout entier, comme si le monde journalistique était un univers homogène. On en est pourtant loin.

Les attaques peuvent être violentes. En particulier en provenance de ce que l’on surnomme « la fachosphère », à l’extrême droite.

Le fait nouveau, c’est que les technologies modernes permettent aux politiques de se passer des médias, de communiquer directement, via Facebook, You Tube, ou Twitter. Ils peuvent ainsi délivrer LEUR vérité directement à l’électeur, c'est plus commode: pas d'objection journalistique en face.

Pour les journalistes, il y a là… une menace et un piège.

La menace saute aux yeux, incarnée par l’épisode Trump - CNN : c’est une tentative de censure. Faire taire la presse, faire pression sur elle.

Le piège est plus pernicieux. En provoquant les médias, le démagogue cherche à les pousser à l’erreur. A force de se faire traiter de « média de merde », on peut avoir envie de riposter, c’est humain.

Le risque, c’est alors la publication précipitée d’informations douteuses. Et c’est le cas du rapport dévoilé aux Etats-Unis par le site Buzzfeed puis relayé par CNN. Un rapport dont les intéressés eux-mêmes disent : « il n’est pas vérifié et contient des erreurs ».

Le démagogue ne s’embarrasse pas de la vérité. A l’inverse, pour combattre les populistes et les extrémistes, la presse n’a d’autre choix que d’être irréprochable.

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