Denis Baupin, vice-président de l'Assemblée nationale
Denis Baupin, vice-président de l'Assemblée nationale © MaxPPP/IP3/Aurelien Morissard

Exceptionnellement, ce matin, nous allons parler… de nous !!!

Tâche compliquée : comment être à la fois acteur et observateur de son travail ?

Mais tâche nécessaire puisque France Inter, avec Mediapart, est à l’origine de l’affaire Baupin.

Avec la publication de ces témoignages qui mettent en cause l’élu écologiste pour des faits pouvant relever de l’agression ou du harcèlement sexuels.

Plusieurs observations s’imposent.

Premier point, connu du monde journalistique mais utile à rappeler : le temps est le meilleur allié de l’investigation.

C’est parce qu’ils ont pu travailler pendant plus de 2 mois, une rareté, que Cyril Graziani de France Inter et Lenaig Bredoux de Médiapart, ont pu effectuer cette enquête.

Deuxième point, plus original : nos deux confrères sont des journalistes politiques. Et c’est un fait rassurant.

Dans de nombreuses rédactions, les services politiques ont longtemps rechigné à fouiller sur les histoires potentiellement compromettantes pour les élus. Un mélange tacite de connivence, et de crainte de perdre leurs sources.

Qu’on se souvienne du silence prolongé sur DSK.

Troisième enseignement : la machine médiatique s’est emballée.

Les ingrédients du sujet, sexe et politique, expliquent en partie cette "accélération".

Mais il y a deux autres paramètres :

  • D’une part un soulagement médiatique général ; enfin quelqu’un ose briser la loi du silence ! Et du coup les témoignages s’accumulent en quelques heures !

  • D’autre part un haut le cœur journalistique face à la réaction de quelques hommes politiques traitant cette affaire avec dédain et sexisme. Il n’en fallait pas davantage pour inciter la presse à en faire encore plus.

La presse et l'intérêt public

La publication de ces témoignages soulève néanmoins des questions.

Trois objections potentielles viennent à l’esprit.

La première, c’est que la presse, nous en l’occurrence, nous serions substitués à la justice.

En fait, nous nous sommes contentés de faire notre travail : collecter des témoignages factuels, dans une démarche contradictoire ; mais M Baupin a refusé de nous parler. Et quand un sujet est tellement sensible qu’il crée une omerta dissuadant de porter plainte, que reste-t-il en dehors de la presse pour briser le silence ? Je vous laisse répondre.

Deuxième objection : nous aurions basculé dans le sensationnalisme et l’atteinte à la vie privée. Mais il ne s’agit nullement de faits relevant de la vie privée. Il s’agit d’un élu dans l’exercice de ses fonctions. Et d’un sujet de société grave.

Il y a donc un intérêt public à divulguer ces informations.

Troisième objection : le risque de la manipulation partisane. Nous l’avons soupesé. Mais à l’inverse, comment justifier de ne pas publier de tels témoignages, aussi nombreux et étayés, au seul motif qu’ils pourraient avoir un impact politique ?

Il faut sans doute du courage pour affronter une tempête médiatique quand on en est l’objet.

Mais il en faut surtout pour oser briser une omerta.

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