"Dropped" : première vidéo de l'accident entre les deux hélicoptères
"Dropped" : première vidéo de l'accident entre les deux hélicoptères © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

Les médias se voient souvent reprochés, à juste titre, leur mimétisme !

Cette semaine, contre-exemple : le crash en Argentine a été traité de façon… hétérogène…

Sur l’échelle de Richter de l’ampleur éditoriale, on trouve successivement…

En bas du curseur, des journaux comme L’Opinion, La Croix ou L’Humanité : simples brèves, ou articles en page intérieure…

Un peu plus haut, Le Monde ou le Figaro : titres de Une et sujets d’ouverture sur 4 pages.

Au milieu de l’échelle, France Inter, à peu près la moitié des journaux mardi dernier. C’était d’ailleurs trop pour nombre d’entre vous, vous nous l’avez écrit.

Même étiage dans des titres comme Le Parisien ou Libération, consacrant 9 à 10 pages au sujet.

Ensuite, les radios privées, RTL ou Europe 1, environ les trois-quarts de leur temps d’information mardi.

Enfin, tout en haut de l’échelle, L’Equipe, 16 pages de hors-série, et surtout… les télévisions : chaines d’info continue en édition spéciale non-stop et JT de 20h, consacrant chacun 35 minutes de leur temps d’antenne au sujet mardi soir.

Sur TF1, cela faisait près de 90% du journal !

« Les trois ingrédients »

Les ingrédients de cette information sont au nombre de trois. D’abord, c’est un fait divers.

Deux hélicoptères se télescopent. 10 morts. C’est un accident. Impressionnant et relativement rare par son ampleur, mais un accident. Sans enjeu de société à la clé.

Deuxième ingrédient, le sport.

Trois sportifs parmi les victimes, et pas n’importe lesquels. Trois personnalités au parcours hors-norme, notamment Florence Arthaud, symbole de la féminisation du sport.

Troisième ingrédient, la télévision.

Tournage d’une émission de divertissement, futile aventure à grand spectacle, variante de la télé-réalité.

Le résultat est donc… mécanique : plus un média accorde d’importance au fait divers, au sport, et à la télévision, plus il a traité le sujet. Adéquation flagrante.

Et qui devient… caricaturale dans le cas des JT, la télévision n’aimant jamais rien tant que de parler d’elle-même.

Il n’est qu’à voir comment les animateurs télés passent leur temps à s’inviter les uns les autres dans leurs émissions respectives.

Effet miroir à l’infini.

L'aliénation de la société du spectacle

C’est la réunion de 3 facettes du « spectaculaire » : le crash aérien, la compétition sportive, le divertissement télé.

Sans faire nullement offense à la mémoire des victimes, on peut avancer que ce crash en Argentine, est à bien des égards, une « maison témoin » de la « société du spectacle ».

Ce qui est à l’œuvre dans le traitement médiatique du sujet, c’est donc le rapport de chacun des médias à cette « société du spectacle » : plus ou moins distancié, plus ou moins acteur du « show » en question.

Tâchons donc de conserver à l’esprit que le spectacle, s’il devient omnipotent et central dans la vie sociale, devient alors aussi… une aliénation.

Une illusion qui nous coupe de la vie réelle.

L'équipe

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