Toute la presse occidentale est fascinée depuis quelques jours par l'affaire Weinstein. Mais ce déluge médiatique a été précédé d'une longue omerta...

Harvey Weinstein, Gwyneth Paltrow et Liv Tyler en avril 2008
Harvey Weinstein, Gwyneth Paltrow et Liv Tyler en avril 2008 © AFP / STEPHEN LOVEKIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

D’abord, un coup de chapeau ! Bravo au New-York Times et au New Yorker, qui ont donc brisé l’omerta sur Harvey Weinstein. En l’espace de quatre jours, leurs enquêtes successives ont libéré la parole.

Ce remarquable travail journalistique a déclenché un déluge médiatique : couvertures de presse, ouvertures de journaux radio télévisés, presque partout dans le monde occidental. Sans oublier des millions de tweets !

Comment expliquer cet embrasement ?

D’abord il y a l’identité des protagonistes : plusieurs actrices célèbres victimes d’un producteur puissant, avec au milieu plusieurs acteurs au comportement douteux.

Ensuite, il y a l’effet de contraste : l’usine à rêves qu’est le cinéma se transforme en cauchemar bien réel.

Ajoutons-y une forme de soulagement dans la presse américaine : soudain on peut parler publiquement de ce qui relevait, semble-t-il, d’un secret de Polichinelle.

Weinstein et la France

Au-delà des Etats-Unis, en France en particulier, l’affaire Weinstein fait aussi la Une. Là non plus ce n’est pas un hasard, car il y a des ingrédients spécifiques :

- Plusieurs actrices françaises ont été harcelées par le producteur,

- Weinstein est influent dans l’industrie du cinéma hexagonal (il a contribué à la notoriété de plusieurs œuvres),

- Le cinéma possède, en France plus qu’ailleurs, un poids symbolique élevé,

- Et enfin il y a l’effet miroir: l’affaire Weinstein fait écho à d’autres dossiers, bien français, sur des accusations de harcèlement : DSK, ou Denis Baupin.

L'omerta avant l'emballement

Il y a un autre effet miroir : cet embrasement journalistique met en lumière l’omerta qui a précédé… Ainsi donc tout le monde savait. Mais alors pourquoi la presse n’a -t-elle rien dit ?

Voilà la vraie question.

Le manque de sources pour les journalistes, autrement dit le silence prolongé des victimes, fréquent dans les affaires de viol, n’explique pas tout.

Depuis 15 ans, plusieurs enquêtes sur Weinstein semblent avoir tourné court. Ces dernières semaines encore, la chaine de télévision américaine NBC a refusé de publier le travail de Ronan Farrow qui a finalement abouti dans le New Yorker.

Alors pourquoi cet échec pendant si longtemps ?

Il y a certainement l’opacité du milieu du cinéma ; sans doute aussi les pressions juridiques exercées par les avocats de Weinstein ;

Sans oublier la confusion des genres : la presse spécialisée sur le cinéma est très liée aux intérêts du 7ème art. En tous cas aux Etats-Unis. Certains critiques sont aussi des scénaristes, et ils ne veulent pas tuer la main qui les fait vivre.

Enfin, les liens du producteur dépravé avec le parti démocrate, en particulier les Clinton, ont peut-être dissuadé certains journaux d’enquêter, par peur de l’impact politique.

Aujourd’hui, on aimerait croire que ce scandale témoigne de la fin de l’omerta sur les cas de harcèlement sexuel. Il est à craindre que la réalité soit plus terre à terre : Weinstein chute parce que son pouvoir avait diminué. Un cas isolé.

Mais rien ne permet d’affirmer que l’omerta sera levée pour autant dans tous les cas encore dissimulés de harcèlement, dans le cinéma, la politique ou ailleurs.

Et c’est donc à la presse de tout faire pour libérer cette parole.

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