Débat à 5, débat à 11, ou pas de débat du tout. Quoi qu'il en soit, le fait est là, à une semaine du scrutin: la télévision semble avoir joué un rôle central dans la campagne.

Cette question récurrente en sociologie des médias, ressurgit devant les succès d’audience des débats et émissions télévisées consacrés au scrutin présidentiel.

C’est surprenant à l’heure où la concurrence des supports Internet et des réseaux sociaux est très vive. Et pourtant, à une semaine du 1er tour, le fait est là : la télévision, une nouvelle fois, a concentré l’attention prioritaire des candidats.

Il n’est qu’à voir la minutie avec laquelle les états-majors politiques préparent les images de meetings. Le grand public souvent l’ignore, mais ces images sont désormais livrées clés en main aux télévisions par des « boites de production » payées par les candidats. Ce ne sont donc pas des images journalistiques, mais bien des images…de communication ! Quand la caméra s’attarde en gros plan sur les mains enlacées de François et Pénélope Fillon, sur le visage exalté d’Emmanuel Macron, ou sur les drapeaux tricolores des militants FN, ce sont des choix… de comm’ !

Si les candidats accordent une telle importance à la télévision, c’est parce qu’elle demeure LE média de masse. Sur votre chaine YouTube, votre blog ou votre Facebook live, vous parlez à vos fans, à vos militants. Mais… seulement à vos fans et militants. C’est bon pour le socle électoral mais insuffisant pour remporter le scrutin.

A la radio, et plus encore à la télévision, vous parlez aussi aux électeurs de vos adversaires, et aux indécis. Là où Internet fragmente, la télévision rassemble. Elle offre une terre de « conquête électorale ».

Une machine à mobiliser

Mais c’est aussi potentiellement un miroir aux alouettes, car c’est aussi l’un des attributs de la télévision. En premier lieu, elle est convaincue de sa propre importance, et d’ailleurs elle la met en scène. Toute émission politique est un show. Entouré de rubans qui visent à accréditer l’idée que l’élection s’y joue. Exemple: le sondage de fin d’émission pour savoir si le candidat a convaincu le téléspectateur.

Ensuite, les autres médias se sont persuadés de cette importance. Car les médias, tous types de presse confondus, adorent parler d’eux-mêmes, surtout de la télévision. Il y a donc une forme d’auto proclamation de sa propre influence.

En réalité, chacun peut en convenir, une audience télévisée, fut-elle forte, ne se convertit pas mécaniquement en bulletins dans les urnes… Le téléspectateur peut être attiré… par le spectacle et rien d’autre ! Qui plus les succès d’audience restent… relatifs. Très loin d’un grand match de foot. Et en dessous de bon nombre de séries policières ou de shows de télé réalité.

On peut donc émettre l’hypothèse que la télévision mobilise l’électeur plus qu’elle n’oriente son vote. En accordant de l’importance au scrutin, elle revitalise le rituel de l’urne. Elle ne fait pas… le résultat de l’élection. Mais plutôt… le taux de participation !

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