La parution simultanée des "Lettres à Anne" de François Mitterrand et des entretiens de François Hollande avec nos confrères du Monde met en évidence la mort de la vie privée.

La parution des "Lettres à Anne" de François Mitterrand et des entretiens de François Hollande met en évidence la mort de la vie privée.
La parution des "Lettres à Anne" de François Mitterrand et des entretiens de François Hollande met en évidence la mort de la vie privée. © Maxppp / Laurent Theillet

Deux livres côte à côte. Double parution en l’espace de 24h, avec un effet de contraste… vertigineux !

Hier, les « Lettres à Anne » de François Mitterrand: plus de 1200 missives intimes de l’ancien Président, qui avait dissimulé sa vie privée et ne cachait pas son goût du secret, documents souvent bouleversants parce qu’ils sont l’œuvre d’un écrivain.

Avant-hier, l'inverse: « Un Président ne devrait pas dire ça », un grand déballage, ou comment François Hollande s’est raconté par le menu depuis 5 ans, auprès de nos confrères du Monde. Sur ce total, pas moins de 30 pages consacrées à sa vie sentimentale. On y lit que l’actuel Président exècre parler de sa sphère intime, mais il le fait quand même !

Deux Présidents, deux hommes, deux époques.

Évidemment le personnel politique possède une large responsabilité dans cette exposition publique de la vie privée.

Mais les médias y sont aussi pour beaucoup. Ce ne sont plus seulement les pages des magazines people, mais bien la quasi-totalité de la presse généraliste qui se repait des secrets personnels. La nouvelle émission de M6, « Une ambition intime », diffusée dimanche dernier, n’est que le dernier avatar de cette évolution, qui place le dirigeant politique au même rang que la starlette de téléréalité.

Hollande / Loana, même combat !!

Une presse Ponce Pilate

Les éditoriaux n’ont pas manqué cette semaine, pour fustiger ce déballage de François Hollande dans le livre de nos confères.Mais en vérité, bon nombre de journalistes sollicitent les confidences du chef de l’Etat. Il n’en est pas avare, soit. Mais ce sont bien les médias qui demandent !

Et quand cela concerne la vie privée, l’irresponsabilité n’est pas loin.

D’abord, laisser penser que les confidences « personnelles » d’un homme public nous approchent de la « Vérité », ça sent le tour de passe-passe.

Pire, la manip’. Il n’est rien de plus fabriqué que de pseudo confessions sur un plateau de télé !

Ensuite, laisser penser que la vertu privée est un gage de compétence publique est faire peu de cas de l’Histoire. Dans ce cas, Richelieu, Napoléon ou Clemenceau n’auraient jamais dû accéder aux plus hautes fonctions.

Enfin et surtout, laisser penser, sous l’influence des réseaux sociaux, que la transparence sans limites est un progrès démocratique, c’est naïf : la mort du « secret sur la vie privée », c’est le but de la dictature, pas de la démocratie.

Un symbole, pour conclure. Regardez qui a écrit, dans Paris Match cette semaine, le long et passionnant article consacré à l'art du secret de François Mitterrand…

Nulle autre que celle qui a tout « déballé » sur François Hollande, la journaliste Valérie Trier/weiler.

Ça ne manque pas d'ironie.

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