Mouvement "Nuit Debout", place de la République à Paris, 4 avril 2016.
Mouvement "Nuit Debout", place de la République à Paris, 4 avril 2016. © Benjamin Girette / IP3 / maxppp

Il y avait là cette semaine, comme un « affrontement à distance ».

D’un côté les manifestants de Nuit Debout, place de la République à Paris et dans plusieurs villes en France.

De l’autre le chef de l’Etat, assis en studio, face à une poignée de Français, hier soir sur France 2.

Et les premiers ont donc gagné. En tous cas du point de vue de la « couverture médiatique. »

En termes de volume, c’est… saisissant. A quelques exceptions près, dont France Inter, les médias classiques ont mis un peu de temps à réagir devant l’émergence du mouvement Nuit Debout.

Mais au fil des jours, le sujet s’est imposé largement. En particulier sur les médias numériques, en radio et dans la presse écrite, avec de longs reportages cette semaine.

En comparaison, on est frappé par la faible couverture de l’interview du Président de la République ; la presse semble persuadée que François Hollande n’a plus rien à dire…

Réveil démocratique ?

Comment expliquer l’importance accordée au mouvement Nuit Debout ?

C’est une combinaison de plusieurs facteurs.

D’abord un élément conjoncturel : une zone d’actualité relativement faible, sans événement marquant.

Ensuite, une imagerie iconique sur une place emblématique, qui rappelle les Indignés espagnols.

Ajoutons des calculs politiques au sein de la presse d’opinion : les titres de gauche y voient un réveil salutaire ; les titres de droite… la confirmation de la rupture entre François Hollande et son électorat. Dans les deux cas, cela favorise un traitement abondant.

Troisième élément, plus structurel, une affinité sociologique entre bon nombre de journalistes et les « Nuit Debout ».

Les plus anciens ressentent une nostalgie « soixant-huitarde ». Les plus jeunes y voient le reflet de leur peur du déclassement. Sentiment autant présent chez les journalistes que chez les enseignants, nombreux sur la place de la République.

Quatrième paramètre, le plus important : la volonté de ne pas passer à côté de quelque chose. Réflexe journalistique classique.

Privilégier ce qui est neuf et original. Et en l’occurrence, c’est le cas : du mode d’expression au choix du système calendaire (nous sommes le 46 mars chez les « Nuit Debout »).

Dans un contexte où la lassitude vis-à-vis de la politique traditionnelle est omniprésente, le moindre symptôme d’un réveil démocratique est scruté par les médias.

Le risque de la disproportion

On a donc le droit de s'interroger: ce mouvement est-il surmédiatisé ?

Après tout, même en cumulant tous les embryons d’occupations de place partout en France, seules quelques milliers de personnes animent pour l’instant « Nuit Debout ».

Il y a donc, à ce jour, quelque chose de… disproportionné entre la petitesse quantitative de ce mouvement, et l’ampleur du traitement médiatique.

Mais la presse est là, précisément, pour déceler les « signaux faibles », les indices précurseurs des évolutions, les symptômes révélateurs de phénomènes de société. En l’occurrence, le rejet d’une pratique éculée de la politique.

Compréhensible, dans ces conditions, que les médias préfèrent Nuit… Debout, à Hollande… assis.

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