Une « course d’obstacles »…

Voilà ce qui attend le journaliste, désireux d’enquêter sur une firme automobile. Et c’est encore plus vrai pour la marque au losange, ballottée depuis hier dans une tempête boursière, liée à des soupçons de dissimulation des émissions polluantes de ses véhicules.

L'action Renault en forte chute à la Bourse de Paris
L'action Renault en forte chute à la Bourse de Paris © MaxPPP

Premier obstacle : l’inconscient collectif.

Souvenons-nous de la DS, décrite par Roland Barthes dans ses « Mythologies ».

Toucher à la voiture, c’est s’attaquer au « symbole » du XXème siècle.

Et en plus, dans le cas de Renault, un symbole « national ».

Deuxième écueil, un univers opaque avec des bataillons de communicants.

En la matière, l’industrie automobile, c’est… plus fort que toi !!!

Troisième paramètre, dans le cas spécifique de Renault, la communication gouvernementale.

Bien que privatisée dans les années 90, l’entreprise conserve l’Etat dans son capital : c’est le 2ème actionnaire. Voilà pourquoi Ségolène Royal a réagi si promptement avec une conférence de presse dès hier après-midi.

Enfin, 4ème écueil, « le chantage économique » : dénoncer des pratiques douteuses dans le monde automobile, c’est se voir tacitement montré du doigt sur le thème : attention, si le titre Renault s’effondre, ce sont les 50.000 salariés de la marque qui vont trinquer !

L’un de nos confrères Mathieu Suc en avait fait l’expérience il y a 2 ans avec un livre remarquable « Renault nid d’espions »: enquêter dans l’automobile, c’est… compliqué !!

Le doigt du trucage et la Lune de la santé

Détourner l’attention du… vrai sujet, c'est une tactique courante dans la comm’ !

En l’occurrence, la ligne de défense de Renault et de Ségolène Royal est la suivante : « chez nous », « ce n’est pas comme chez Volkswagen : il n’y a pas de logiciel truqueur pour dissimuler le niveau de pollution » !

Or ce n’est pas la question principale. La question c’est, d’abord, de savoir s’il y a tromperie, quelle qu’en soit la méthode.

Or les émissions de dioxyde de carbone et d’oxyde d’azote semblent bien être, dans certains véhicules de la marque, très excessives.

Parce que les tests effectués par la firme ne le sont pas… dans les conditions réelles de circulation.

Allons plus loin : quand bien même il n’y aurait pas tromperie, il n’y en aurait pas moins sujet. Pourquoi ?

Parce que les normes autorisées sont, elles-mêmes, très contestables. Tant les lobbys automobiles parviennent depuis longtemps à éviter de se voir imposer des règles drastiques.

Le sujet, à l’arrière-plan, ce sont des milliers de morts prématurés, liés en particulier au diesel cancérogène. Leur nombre exact est impossible à évaluer, mais le risque est incontesté.

C’est le proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune avec son doigt, l’idiot regarde le doigt ».

En l’occurrence : le doigt, c’est l’absence ou la présence d’un logiciel de trucage. Et la Lune, c’est la santé publique.

Essayons de regarder la Lune, pas le doigt !!

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