L'unanimisme médiatique pour célébrer l'attribution des JO 2024 à Paris est seulement de façade et répond à une forme de "politiquement correct".

A première vue, c’est carton plein ! « La magie des Jeux » !

Pas un média qui n’ait accordé une large place à la victoire de Paris dans l’attribution des JO 2024. Et sur les réseaux sociaux hier, beaucoup ironisaient sur cet « unanimisme médiatique ». Editions spéciales sur les chaines d’info continue, ouverture de tous les journaux radio, plus de 25’ d’antenne dans le 20h de TF1 avant-hier soir… Et cette photo souvent en Une des quotidiens : les anneaux olympiques du Trocadéro avec la Tour Eiffel en arrière-plan. Image d’Epinal !

Plusieurs paramètres expliquent cet emballement.

D’abord, comme souvent avec le sport, une dimension cocardière et nationaliste. La fierté d’avoir gagné, a fortiori quand il s’agit d’une revanche après plusieurs échecs. Et le sentiment nombriliste d’être soudain le centre du Monde.

Ensuite, l’envie de partager ce qui semble être une « bonne nouvelle ». Après deux semaines d’actualité marquées par l’ouragan Irma et les débats économiques et sociaux, ça « change les idées »… Les Unes de la presse semblaient même irriguées par un besoin d’optimisme, une soif de défi, une envie de modernité.

Ajoutons que le client est roi. Or les enquêtes d’opinion laissent penser qu’une majorité de Français est favorable à l’accueil des Jeux.

Enfin dernier paramètre, terre à terre. Il vaut essentiellement pour les médias audiovisuels, en particulier les télévisions : la bataille pour obtenir les droits de retransmission a d’ores et déjà commencé. Accorder une large place à l’événement, ça peut aussi être une façon de montrer patte blanche et de se placer pour les négociations à venir.

Les JO c'est politiquement correct

Mais à y regarder de plus près, c’est une unanimité de façade… Si on va au-delà des Unes ou des ouvertures de journaux, la place accordée à l’événement est en fait très variable d’un média à l’autre. Avec un volume très relatif sur des médias comme France 2, La Croix, Libération, ou ici France Inter.

Et même dans les organes de presse qui en ont fait beaucoup plus, l’émotion des présentateurs apparaissait parfois un peu … artificielle.

Et pour cause : il n’y avait aucun suspense. Les jeux étaient faits depuis des semaines, et il y a peu de gloire à gagner une course dont on est devenu le seul concurrent.

Plus encore, une lecture approfondie de la presse met à mal cette idée d’unanimité. Derrière les gros titres, les articles, pour la plupart, sont très dubitatifs. Sur le coût des chantiers, sur l’enjeu des transports du Grand Paris, ou sur la sécurisation de l’événement.

La photo retenue par Le Monde en Une hier après-midi est révélatrice. Il s’agit certes de cette image, déjà évoquée, des anneaux olympiques du Trocadéro, avec la Tour Eiffel en arrière-plan. Sauf que le cliché a été pris à l’instant où le gigantesque drap qui recouvrait les anneaux avant l’annonce officielle, est en train d’être retiré. L’impression pour le lecteur, le message implicite, c’est donc celui d’un… chantier en construction.

En résumé : en façade, en Une, la presse se réjouit. Ou plutôt : veut se réjouir. Un passage obligé, c’est « politiquement correct »

En page intérieure, donc au fond de soi, on s’inquiète. Mais la presse n’ose pas le dire trop fort… C’est moins « politiquement correct ».

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