Dans la 2ème ville de Syrie, Assad et Poutine ont aussi remporté la bataille de l'information, en empêchant les reporters occidentaux de pénétrer à Alep Est.

Les images d’Alep dévastée, désossée par les milliers d’obus, ces images qui nous rappellent Stalingrad il y a 70 ans ou Grozny il y a 20 ans, ne sont pas seulement les symboles de la victoire d’Assad et de Poutine. Elles sont aussi l’incarnation de la bataille de l’information qui s’est jouée dans la 2me ville de Syrie.

Au fil des mois, il est devenu impossible pour les reporters occidentaux de pénétrer dans les quartiers rebelles de la ville. Pour autant, la presse n’a pas renoncé à informer. Avec des sources indirectes mais nombreuses : les ONG encore présentes sur place, les témoignages d’habitants, multiples, recueillis via Internet, en particulier Skype… Sans oublier le travail, de première main, dans la ville même, d’une poignée de professionnels, comme les « stringers » de l’Agence France Presse, dont nous avons déjà parlé ici, notamment Karam Al Masri.

Néanmoins, cette pénurie de sources d’informations, combinée au discrédit croissant qui frappe les médias, a fait le jeu de ceux qui mettent en doute le travail journalistique occidental, à commencer par les agences d’information russes…

Russia Today, Sputnik, dont il faut rappeler qu’elles sont totalement contrôlées par le Kremlin, s’en sont données à cœur joie. En diffusant de la « contre-information » permanente.

Dans le lot, tout n’est pas à jeter. Par exemple, les agences russes ont diffusé des images de drone survolant Alep détruite, dont la valeur informative est réelle. Et elles n’ont pas tout à fait tort quand elles dénoncent la dépendance des médias occidentaux vis-à-vis de « l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme », organisme anti Assad basé à Londres, dont certaines informations sont… invérifiables.

Propagande russe

En revanche, sur d’autres points, les agences russes se sont livrées à de la propagande caractérisée. Elles ont ainsi sciemment instillé l’idée qu’à Alep les forces d’Assad étaient un rempart contre l’organisation Etat Islamique. Un mensonge : EI, Daech si vous préférez, a fui la ville depuis longtemps.

Elles ont aussi propagé l’idée que la guerre visait à secourir la veuve et l’orphelin. Ainsi il y a 3 jours l’ambassadeur syrien à l’ONU a brandi une photo censée illustrer cette « opération de sauvetage « : on y voit un soldat aider une femme anonyme… Sauf que ce cliché a été pris à Falloujah en Irak en juin dernier !!

Les milliers de bombes déversées par les forces russo-syriennes sur les civils d’Alep- Est, racontent une autre histoire.

Seulement voilà : en imposant un blocus de la ville, en empêchant les reporters d’y accéder, en semant le doute sur la capacité des médias occidentaux à couvrir le conflit, la Russie a aussi gagné la bataille de l’information. … Et ce doute a peut-être contribué… à l’inaction saisissante et tragique des gouvernements occidentaux.

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