Christiane Taubira
Christiane Taubira © REUTERS/Philippe Wojazer

Des policiers sous les fenêtres du ministre de la Justice. L’image a fait la Une partout. D’abord, évidemment, parce que la grogne des forces de l’ordre est réelle…Mais aussi en raison de facteurs plus strictement… médiatiques.

Comme lors de l’épisode des chemises déchirées d’Air France, il y a, premier ingrédient, le côté… spectaculaire : une forêt de drapeaux et fumigènes bleus sur le parvis de l’élégante place Vendôme… Et, à nouveau, l’opposition entre une foule d’un côté, et une personne de l’autre, Christiane Taubira.Spectaculaire aussi : le fait divers de départ. L’agression dont a été victime un policier de la BAC.Nous sommes dans le registre émotionnel. Emotion légitime mais qui peut conduire, chambre d’écho médiatique aidant, à une réaction politique disproportionnée. C’est le mécanisme bien connu du « 1 fait divers, 1 loi ».Deuxième ingrédient : la possibilité de simplifier sur le mode binaire.La police contre… la justice.Ca fournit un titre facile, mais avec un risque de caricature. Puisqu’en réalité, le plus souvent, magistrats et forces de l’ordre travaillent… ensemble. Le personnel politique participe de cette construction symbolique.Ainsi Manuel Valls avant-hier en conférence de presse, avec d’un côté Bernard Cazeneuve, de l’autre Christiane Taubira. Salomon départageant la police et la justice. Troisième ingrédient, la Garde des Sceaux elle-même Oui, Christiane Taubira entretient des relations complexes avec les médias. Entre répulsion et fascination.Elle ne laisse personne indifférent chez les journalistes.D’abord, elle s’exprime rarement. Il est peu fréquent de la voir intervenir 2 fois en quelques jours, comme cette semaine, lundi sur RTL, hier matin à ce micro.La Garde des Sceaux se méfie des médias, qui, du coup, la regardent d’un œil circonspect.Hors du commun aussi, son profil personnel : une femme, ultramarine, cultivée, résiliente face aux opposants. Et, pour compléter le tableau, un emblème du clivage droite / gauche. Clivage instrumentalisé par les syndicats. Et pain bénit pour une presse française, écrite en particulier, très marquée par cette autre variante du mode binaire.Christiane Taubira a donc tout pour faire la UneCela peut conduire à l’excès, voire l’inadmissible. Quand il y a deux ans, l’hebdomadaire Minute l’avait comparée à un singe. Revenons au départ, « les policiers contre Taubira »… La réalité est évidemment moins binaire… Oui, c’une part, la Garde des Sceaux, les statistiques pénitentiaires le montrent, n’est ni plus ni moins laxiste que ses prédécesseurs.D’autre part (on l’a entendu dans les reportages), les policiers, dans la rue, entendaient aussi et peut-être davantage, dénoncer… la vétusté du matériel, le manque d’effectifs, ou le non-paiement de leurs heures supplémentaires.On aurait donc très bien pu titrer aussi « Les policiers contre… Cazeneuve ».Mais c’est un titre moins… vendeur.

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