Les menaces de suppressions d'emplois à l'usine Alstom de Belfort font la Une. Pourquoi, alors qu'on connait des plans de licenciements plus importants dans d'autres entreprises ?

Unes des quotidiens, ouvertures des JT et des journaux radios,… Les menaces sur les 500 emplois de l’usine Alstom de Belfort font l’objet d’une intense couverture journalistique.

Pourquoi ? D’abord, bien sûr, en raison du contexte.

Les médias surveillent, comme le lait sur le feu, les conflits sociaux qui éclatent au moment des campagnes électorales. Longwy dans les années 80, LU dans les années 2000, ou Florange il y a 5 ans. Ils peuvent en effet avoir un impact politique majeur. A fortiori s’ils portent une charge symbolique élevée.

Et c’est le cas ici, deuxième paramètre. Alstom est une entreprise hors du commun dans notre inconscient collectif.

D’une part, c’est un symbole historique, l’incarnation d’une tradition industrielle de 130 ans d’âge. Et un fleuron des 30 Glorieuses.

Nostalgie d’une entreprise paternaliste qui construit des logements pour ses ouvriers, et à travers elle d’un Etat fort, capable de dicter sa loi sur l’économie.

D’autre part un symbole technologique. Alstom, en termes d’images, ça se résume au TGV. Fierté nationale. Quitte à négliger l’existence de concurrents, japonais, canadiens ou allemands. Croyance, aussi, dans la vitesse. Le monde moderne, en somme !

Et puis le TGV, c’est le train pour les plus aisés qui ont les moyens de se le payer ! Les journalistes en font partie.

Tous ces ingrédients font d’Alstom un sujet à fort impact médiatique.

Jeu de rôles

Un sujet aussi à forte instrumentalisation politique… C’est lié. Engrenage maintes fois décrit ici : la controverse politique alimente le sujet journalistique qui nourrit la controverse politique. Et ainsi de suite…

Alors même que le scénario est connu d’avance. L’opposition, quelle qu’elle soit, dénonce l’inaction du gouvernement.

Celui-ci convoque une réunion d’urgence, plutôt à l’Elysée. On a des mines graves, on promet que l’on va sauver le soldat… Lu, Florange, Alstom !

Tout aussi convenu, le secret de Polichinelle : on devine que tout le monde joue au poker menteur. L’Etat fait mine de découvrir la lune, Alstom utilise la menace des licenciements pour décrocher des contrats, et la Sncf fait semblant de ne pas voir sa responsabilité.

Bref un emballement politique et un cluedo économique, qui respectent un jeu de rôles familier. Ingrédients supplémentaires pour parvenir… en Une.

Il ne s’agit pas de minorer la réalité de ce drame potentiel pour les 500 personnes menacées. Mais seulement de constater par exemple, que la presse en a fait beaucoup moins, à propos des 5000 emplois, 10 fois plus, sur la sellette chez SFR.

Plus de monde concerné, mais moins de symboles à la clé !

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