Google dans le visuer de l'UE
Google dans le visuer de l'UE © REUTERS/Dado Ruvic / REUTERS/Dado Ruvic

La semaine qui s'achève nous livre les deux extrémités d’un « spectre » journalistique…

Je m’explique…

D’un côté du curseur, vous avez le fait divers de Calais… Avec le regard de cette petite fille, Chloé, 9 ans, assassinée.

Google dans le visuer de l'UE
Google dans le visuer de l'UE © REUTERS/Dado Ruvic / REUTERS/Dado Ruvic

Une du Parisien hier matin. Ouverture de la plupart des journaux radios et télés hier.

L’émotion légitime qui nous étreint tous devant ce type de drame, conduit mécaniquement à un traitement médiatique très fort.

La particularité de ce type d’information, c’est son incarnation : le visage, le regard d’un enfant.

Image choc. Elle nous va forcément droit au cœur. Chacun… s’identifie…

Il n’est pas d’information plus incarnée, plus humaine, que le fait divers le plus inhumain. C’est ainsi.

Le risque, c’est la « victimisation », l’emballement médiatique, avec l’engrenage politique derrière.

On l’a beaucoup connu ces dernières années, où chaque fait divers déclenchait peu ou prou un nouveau projet de loi sur la sécurité.

Mais un fait divers, aussi épouvantable soit-il, n’est pas toujours porteur d’une question de société.

Google, question de raison

Le même jour que le drame de Calais, avant-hier, l’Union Européenne attaque Google pour abus de position dominante.

Ouverture du 19h de France Inter et du 20h de France 2.

Une des Echos.

Et là on est à l’autre extrémité du curseur. Pourquoi ? Parce qu’on est typiquement en présence d’une information impossible à incarner.

Comme le débat autour de la loi sur le renseignement. Un géant de l’Internet ou l’Etat. Dans les deux cas, il n’y a pas d’incarnation, pas d’humanité.

Big Brother is watching you, comme disait Orwell.

Un monstre froid et sans visage qui vous espionne ou vous protège, vous aide ou vous menace, à chacun son point de vue.

La presse écrite et la télévision doivent d’ailleurs alors chercher des subterfuges pour illustrer ces sujets abstraits : gros plan sur la pupille d’un œil, ou dessin simulant un espion dans l’ombre.

Mettre ces sujets en exergue, c’est faire le pari de la difficulté journalistique, le choix de parler à la raison plutôt qu’à l’émotion.

L’inverse du visage de la petite fille.

Les migrants: émotion et raison

Hasard de cette semaine, une troisième actualité, là encore le même jour, se plaçait au milieu de ce curseur de « l’incarnation »…

C’est ce nouveau naufrage au large des côtes italiennes… 400 migrants venus de Somalie et d’Erythrée pour l’essentiel.

Choix d’ouverture du JT de …TF1 avant-hier soir… Mais le choix de TF1 se concentrait quasi exclusivement sur… l’incarnation, le fait divers : les visages des hommes et des femmes qui ont survécu au drame…

« L’humanité » de la tragédie (inhumaine) aux portes de l’Europe.

Dans cette histoire, au-delà de ces destins individuels, il y a pourtant l’autre volet, fort bien traité par exemple dans La Croix cette semaine….

C’est le volet politique, qui ne s’incarne pas dans un visage : comment peut et doit faire l’Europe face à cette misère et ce désarroi croissants à ses portes ? Le sujet, si on le traite complètement, parle donc au cœur et à la tête en même temps.

Il nécessite de raconter le parcours des migrants, et d’interpeller le politique avec vivacité.

En réalité, chaque rédaction, chaque journaliste, chacun de nous est tiraillé entre les deux extrémités de ce spectre : l’émotion ou la raison.

Le drame individuel. Ou l’enjeu de société.

Le cœur ou la tête.

Les médias n’ont pas nécessairement à choisir, mais ils ont tout de même la responsabilité de ne pas se contenter des émotions.

Elles sont parfois, on le sait, très mauvaises conseillères.

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