Il a longtemps été difficile d'enquêter sur Renault. Mais les temps changent.

MONTBELIARD LE 24/09/10 - Un homme démonte le logo de Renault sur la façade d'une concession automobile.
MONTBELIARD LE 24/09/10 - Un homme démonte le logo de Renault sur la façade d'une concession automobile. © Maxppp / Lionel Vadam

Longtemps, enquêter sur Renault a relevé du… tabou !

Trop mythologique, la firme au losange… Trop compliqué d’avoir des informations fiables et recoupées. Et parfois trop risqué pour certains médias, qui redoutaient des mesures de rétorsion sur leur budget de publicité.

Mais tout cela est en train de changer ! Les révélations effectuées par Libération et l’Agence France Presse avant-hier ont rencontré un large écho dans la presse. Au cœur du scandale : ce rapport de la répression des fraudes qui soupçonne la direction de l’entreprise automobile d’avoir trompé le consommateur sur le niveau réel de pollution de nombre de ses véhicules.

La communication de Renault dénonce une enquête médiatique déséquilibrée. En réalité, si la presse est devenue plus combative dans ce dossier, c’est surtout en raison d’une triple évolution.

1/ les soupçons de mensonge passent de moins en moins bien

Première mutation, dont les médias sont le reflet, y compris dans d’autres dossiers (on pense à l’affaire Fillon) : les soupçons de mensonge passent de moins en moins bien dans le corps social. Ce qui trouble dans le « Diesel Gate », ce n’est pas seulement la tromperie potentielle, c’est la sensation d'un déni de la tromperie.

Se réfugier derrière un respect de normes européennes complexes n’enlèvera rien au sentiment que le consommateur a été berné. Et le contraste est saisissant avec Volkswagen, dont la stratégie avait été inverse il y a un an et demi : plaider coupable.

2/ le changement d’attitude de l’Etat

Là encore, pendant longtemps, l’Etat a protégé… Renault en particulier et le diesel en général. Mais depuis deux ans, l’attitude des pouvoirs publics a évolué… Jusqu’à la dénonciation au printemps dernier, du salaire mirobolant de Carlos Ghosn, 7 millions d’euros. Et jusqu’à l’abandon de la fiscalité jusqu’alors très avantageuse sur le gazole.

Cette évolution a facilité le travail des journalistes. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui les informations proviennent d’un rapport initié par le ministère de l’Economie.

3/ la préoccupation écologique croissante

On l’a déjà évoqué ici : au fil des ans, lors des épisodes de pollution, les sujets sur les soucis des automobilistes ont perdu du terrain au profit des enquêtes sur l’impact sanitaire de la pollution. Le profil socio-culturel de nombre de journalistes, sensibilisés à l’environnement, a peut-être accéléré cette mutation.

Mais un fait est certain : les émissions d’oxyde et de dioxyde d’azote, directement liés au diesel sont à l’origine de plus de 7500 décès chaque année en France. Le sujet principal, c’est donc surtout, au-delà du soupçon de tromperie en tant que tel, l’enjeu de santé publique.

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