La commande record décrochée par l'avionneur européen a déclenché dans une partie de la presse des hourrah cocardiers, avec parfois des raccourcis un peu rapides

Sortez drapeaux, sonnez trompettes !!! L’énorme commande d’Airbus, avant-hier, a déclenché des titres de presse triomphateurs…

Pourquoi un tel enthousiasme ?

D’abord, c’est vrai, les chiffres sont vertigineux. 

430 avions. C’est la plus grosse commande de l’histoire de l’avionneur, et la confirmation du succès des A320.  Quant au tarif affiché, plus de 40 MILLIARDS d’euros, il donne le tournis. C’est un dixième du budget de l’Etat français.

Avec l’espoir de milliers d’emplois à la clé, et cette question de la lutte contre le chômage est, à juste titre, un Sésame médiatique. Dès le jour même, radios et télévisions se sont donc précipitées à la sortie des usines, à Toulouse ou St Nazaire, pour recueillir les réactions des ouvriers concernés.

Autre ingrédient : la rivalité avec les Etats-Unis.

Un contrat pour Airbus, c’est systématiquement interprété dans la presse comme un succès européen aux dépens des Américains.  Airbus qui l'emporte sur Boeing, c’est à chaque fois une petite victoire symbolique du Vieux Continent. 

Si on ajoute d'un côté la fascination que continue d’exercer l’aéronautique, de l'autre l’aversion qu’inspire l’Amérique de Trump à la majorité de la presse française… vous comprenez pourquoi le sujet fait la Une.

Dans certains médias, c’est même allé… plus loin. Ce contrat est devenu, l'incarnation, je cite, de « La France qui gagne » ! Réflexe cocardier, sans doute.  Mais aussi une « envie d’y croire », un besoin d’optimisme qui semble aujourd’hui irriguer une partie de la presse. 

Airbus n'est pas la France

Problème:  cela peut conduire à des raccourcis… surprenants…

Par exemple dans cette Une, du Parisien, hier, qui met sur le même plan ce contrat d’Airbus et l’attribution de la Coupe du Monde de rugby à l’hexagone… Sous le titre « Une belle journée pour la France ! » 

Certes, les deux informations sont tombées à quelques heures d’intervalle…  Mais le mélange des tarmacs et du ballon ovale peut apparaître, disons… audacieux.  

Le raccourci en filigrane, c'est donc Airbus = La France.

Raccourci très utilisé dans les sujets sur les emplois liés à l’avionneur. Quitte à oublier que les A 320 sont fabriqués en grande partie… en Allemagne et assemblés en Chine et aux Etats-Unis.

Sans compter que les pièces détachées, elles, viennent de dizaines de pays dans le monde.

Autre raccourci : Airbus bat Boeing …

D’abord, le montant affiché de la commande n’est sans doute pas le montant réel (celui-là, on ne le connaitra jamais).  Car la ristourne sur un contrat d’une telle ampleur peut-être de 20 à 40%.

Qui plus est, comme Les Echos l’ont opportunément relevé, Boeing aussi a fait des étincelles avant-hier en décrochant une commande de… 225 appareils. Et l’avionneur américain, s’il est dominé dans les moyen-courriers, reste nettement leader dans les long-courriers.

Enfin, dernier raccourci, ou plutôt sous-entendu : Airbus a le sourire… 

En réalité, l’entreprise est en proie à de multiples soucis judiciaires, sous le coup d’enquêtes en France, en Autriche, en Grande-Bretagne, et aux Etats-Unis.

Le cocorico sonne donc un peu… érrraillé… 

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