Mgr Barbarin lors de la conférence de presse en marge de la conférence des évêques à Lourdes
Mgr Barbarin lors de la conférence de presse en marge de la conférence des évêques à Lourdes © MaxPPP

L’image est rare. Un prélat face à une forêt de micros.

Pour une conférence de presse, dans l’urgence. Gérée par un cabinet de communication spécialisé dans la gestion de crise.

Mgr Barbarin, à Lourdes, sommé de s’expliquer sur plusieurs affaires de pédophilie dans l’Eglise, sur lesquelles il aurait, disons,… fermé les yeux.

L’image en elle-même est saisissante : l’homme en noir, devant une douzaine de micros aux couleurs bariolées (effet de contraste), face à des journalistes sceptiques.

Et, coïncidence, cette image télévisuelle fait écho à une image cinématographique, celle de Spotlight, qui vient de sortir. Plusieurs présentateurs ont fait la comparaison avec le film Oscarisé, qui raconte le travail de la presse sur les scandales sexuels à Boston.

L'opacité et le déni

Le succès médiatique de cette image ne tient pas seulement à son aspect visuel.

Il y a évidemment des raisons plus profondes.

D’abord, il y a, comme en négatif de cette image, la force des témoignages de victimes.

Réécoutez le captivant Téléphone Sonne d’avant-hier soir sur France Inter.

Ces témoignages hallucinants donnent à la presse le devoir de faire lever l’omerta. Ensuite, il y a, en face, une personnalité. Et les médias ont besoin de « personnification » pour traiter un sujet.

En l’occurrence, un prélat médiatisé, le cardinal Barbarin, aux positions souvent tranchées. En particulier contre le « mariage pour tous ».

Possible qu’une partie de la presse, acquise à cette réforme, en profite pour régler un compte.

Mais surtout, il y a l’opacité et le déni de l’Eglise.

Le refus du clergé d’aborder le tabou de la sexualité, et la forme de déni qui se dégage des propos du cardinal, incapable de s’excuser, sont autant de motivations pour enquêter encore et encore.

Comme lors de l’affaire Cahuzac, plus il y aura déni, plus les journalistes vont chercher.

Le droit et la morale

Alors, y-a-t-il acharnement médiatique contre Mgr Barbarin ?

C’est l’argument de ses défenseurs, développé notamment par les groupuscules traditionnalistes sur les réseaux sociaux.

C’est vrai : le risque de l’atteinte à la présomption d’innocence est réel.

Seule la justice pourra établir les faits avec certitude.

Et les affaires DSK ont montré que le « désigné coupable par la presse » peut être blanchi…par la justice.

Seulement voilà, ce n’est pas uniquement une affaire… juridique. C’est d’abord une question de… morale.

L’Eglise est censée incarner une forme de vertu et de conscience. Et tous les délais de prescription judiciaire n’y changeront rien !!

Il faut donc tout faire. Pour qu’enfin les victimes de pédophilie cessent de se sentir coupables. Et qu’enfin l’Eglise traduise en actes ses engagements formulés il y a plus de 10 ans. Ce n’est donc pas un acharnement médiatique. C’est juste un combat où, pour l’instant, la morale est davantage… du côté de la presse que du clergé.

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