Je ne parle pas du terrain militaire, même si (on l’a bien mesuré cette semaine), la progression de l’organisation djihadiste en Syrie fait enfler les bruits de botte en Occident. Non, je parle du terrain… sémantique.

Celui du vocabulaire dans les médias.

Le sujet fait débat à France Inter comme dans la plupart des rédactions.

Certains continuent de préférer « Etat Islamique », l’Agence France Presse, ou Le Monde.

Mais beaucoup, de plus en plus nombreux, utilisent désormais « Daech ».

Or cette évolution est une affaire… française. Les Espagnols parlent de « Estado Islamico », les italiens de « Stato Islamico », les Allemands de « Islamischer Staat », et les Anglais de « IS » pour « Islamic State ».

Bref, toute la presse européenne privilégie « Etat Islamique ».

Cet été, certains élus britanniques ont essayé d’imposer Daech à la BBC. Elle a refusé.

Un choix politique

Daech est un choix délibéré, effectué, il y a un an, par le pouvoir politique français. Un an plus tard, la stratégie porte ses fruits dans les médias… français.

Or ce choix pose question.

Premier argument en faveur de Daech : ne pas utiliser la formule « Etat Islamique ». Au motif que ce ne serait pas un Etat, et encore moins une incarnation de l’Islam.

Seulement voilà : qu’on le veuille ou non, ça ressemble de plus en plus à un Etat, barbare, mais structuré. Avec un territoire.

Ensuite, il est vrai que l’emploi de l’adjectif « islamique », peut stigmatiser à tort tous les musulmans.

Cependant, là encore, qu’on le veuille ou non, ce groupe se revendique bien de l’Islam, pas d’autre chose, même s’il dévoie le Coran.

Et force est de constater aussi que l’Histoire est ponctuée de dérives violentes initiées au nom des religions.

La vraie formule en arabe

Daech, (Daaach en arabe), est un acronyme pour « Al Daoula Al Islamiya fi al Erak wal Cham ».

Traduction, Etat Islamique en Irak et au Levant. Mais… il y a plusieurs Mais !

  1. Le groupe a raccourci son nom en « Al Daoula al Islamiya » : « Etat Islamique ».

Dénier à quelqu’un le nom par lequel il veut être appelé, c’est nouveau. Même pour les groupes terroristes.

  1. Ce groupe refuse l’utilisation de l’acronyme Daech. Parce qu’il est péjoratif en arabe, proche d’un autre mot « Darrhes », qui signifie… zizanie.

  2. Le mot « Daech » renvoie des consonances arabes, donc il véhicule lui aussi une forme de stigmatisation, cette fois de l’ensemble des Arabes.

En plus, son côté incompréhensible nous exonère d’essayer de saisir pourquoi ce groupe exerce un tel pouvoir d’attraction sur de jeunes Occidentaux.

Essayons donc, au moins, au sein de la presse, de faire abstraction du choix des hommes politiques, pour faire notre propre choix.

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