La formule a fait la Une des journaux du monde entier…. Le succès politique et médiatique de Barack Obama, scellant le début de réconciliation avec Cuba, tient d’abord au fait qu’il utilise un formidable slogan de communication.

Digne du « Yes we can », du même auteur… Ou bien sûr du « Ich bin ein Berliner » de Kennedy en 1963…

Todos. Somos. Americanos.

Une scansion de trois mots qui riment, et montent en puissance. Le slogan parfait.

En France, de surcroit, il fait écho au célèbre éditorial du quotidien Le Monde après les attentats du 11 septembre, sous le même titre…« Nous sommes tous des Américains »…

Même si le texte faisait, alors, exclusivement référence aux habitants… des Etats-Unis…

Bien entendu, le slogan ne fait pas tout.

La presse réagit d’autant plus fort…

  • Qu’une page d’Histoire vieille d’un demi-siècle, commence à se tourner.

  • Et… qu’il y a un fort effet de contraste : la fin d’un « reliquat » de guerre froide alors qu’en Europe la même guerre froide semble de retour avec la Russie…

Barack Obama annonce la normalisation des relations avec Cuba
Barack Obama annonce la normalisation des relations avec Cuba © Radio France

Un tropisme occidental

Deux exemples…

Le Monde daté d’aujourd’hui…

Titre de Une : « Obama, la main tendue à Cuba ».

Et non pas, « Castro, la main tendue à Washington ».

De même, si on recherche le mot-clé « Cuba », sur Twitter, on tombe d’abord sur le compte… de Barack Obama… !!!

L’événement a donc été couvert, dans les tous les médias, avant tout depuis… les Etats-Unis…

Soit grâce à des papiers ou des commentaires venant de Washington, afin d’expliciter la décision de l’administration Obama. Soit via des reportages sur la communauté cubaine réfugiée… aux Etats-Unis…

Et ce traitement informatif véhicule, implicitement, la vision occidentale, où l’Occident c’est évidemment… le gentil !

Le vocabulaire s’en ressent : avec un recours privilégié au mot « embargo » (connoté positivement et adopté par Washington)…

Plus souvent qu’au mot « blocus » (connoté négativement et utilisé par La Havane).

Les journalistes ne sont pas les bienvenus

Couvrir les événements depuis La Havane, c’est indispensable à une information plurielle.

Nous avons immédiatement cherché à le faire hier sur France Inter, et vous en entendez les premières traductions depuis ce matin avec des reportages sur place.

Mais à Cuba, le journaliste est rarement le bienvenu !

Obtenir un visa presse a toujours été difficile, contraignant les reporters à recourir à un simple visa de touriste. Et à se livrer à une partie de cache-cache avec les services de sécurité.

D’où l’absence de correspondants sur place, en dehors de l’Agence France Presse.

Ajoutons à ce paysage des communications très aléatoires par téléphone, et quasi inexistantes par Internet. Et des médias locaux soumis aux ordres gouvernementaux. Résultat : faute de reportage, les médias occidentaux recourent à la voix des dissidents exilés, dont l’analyse est souvent intéressante mais aussi un peu datée, ils ont quitté le pays depuis des décennies.

Les autorités cubaines seraient donc bien inspirées de délivrer enfin des visas de presse qui permettent d’aller faire du reportage à La Havane.

Librement.

Sans quoi, le sujet « Cuba », c’est inévitable, continuera d’être traité avec un tropisme… occidental.

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