Nous connaissons tous cette sensation, au cinéma, face à un film de série B, d’avoir déjà vu le scénario 10 fois

Et bien la dramaturgie des sommets européens, c’est pareil !

Tantôt c’est le financement de l’Union, tantôt la politique agricole, tantôt la Grèce…

Cette fois-ci, c’est la menace du retrait britannique, un « classique » des 40 dernières années, une « valeur sûre » du box-office européen !

Les faits, aujourd’hui, me démentiront peut-être mais 9 fois sur 10, le scénario est le même :

Acte 1 : « Ouh là là, on va jamais y arriver ! »

Acte 2 : « On négocie mais c’est dur, nuit blanche en perspective… »

Acte 3 : « Ouf, accord au forceps, on a sauvé l’Europe ! ».

Et à chaque fois, comme si elle ne connaissait pas le scénario, la presse joue le jeu !

Pour deux raisons :

  • D’une part, il y a du suspense, jusqu’à l’aube blêmissante… Et le suspense c’est toujours un bon ingrédient journalistique…

  • D’autre part, les éditorialistes français sont, pour la plupart, sensibles à la cause européenne. Et acceptent donc volontiers d’être les instruments d’une dramatisation qui souligne les risques d’une implosion de l’Union…

La fièvre nationaliste

Le troisième ingrédient est paradoxalement inverse, c’est le nationalisme…

Oui les sommets européens sont souvent vus par une bonne partie de la presse avec un prisme… exclusivement national. Reflet du refus des gouvernements d’abandonner leur souveraineté.

C’est tout aussi flagrant… des deux côtés de la Manche. A l’exception du Guardian et de l’Independent, les journaux anglais n’abordent les sujets européens que par la défense des intérêts… britanniques.

Et en France, regardons par exemple le traitement des négociations sur l’agriculture. Seuls comptent… les éleveurs… français !

L’Europe, c’est le bouc-émissaire de nos propres incapacités, symbole d’un pouvoir abstrait.

Dernier facteur pour les journalistes: le traumatisme de 2005.

La presse française se méfie de ses élans pro-européens depuis le NON à la Constitution Européenne, alors qu’une partie des médias avait ouvertement milité pour le OUI...

Du coup, les sommets européens se traduisent souvent, aussi, par des poussées de fièvre nationaliste dans la presse: « Défendons hardiment nos positions ! »…

La crise permanente

C’est l’autre paradoxe.

En dehors de ces sommets tendus, l’Europe est souvent… absente de l’information !

A quelques exceptions près, comme Bernard Guetta ou Stéphane Leneuf, ici sur France Inter, les médias délaissent l’actualité européenne.

Selon une étude Eurobaromètre TNS d’il y a 2 ans, la France est LE pays de l’Union où les citoyens estiment le déficit d’information européenne… le plus grand !

La technicité des dossiers, l’opacité des sources, l’absence de média européen transnational (à part Euronews), sont autant d’explications. Mais le résultat est là : l’Europe ne fait la Une que lors des sommets empreints de dramaturgie.

En résumé, dans la presse, l’Europe semble donc… en crise permanente !

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