Emmanuel Macron durant le débat de la Loi du même nom
Emmanuel Macron durant le débat de la Loi du même nom © MaxPPP/IP3 press/Vincent Isore

D’un côté, le recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer en urgence la loi Macron. De l’autre, l’annonce de l’instauration du prélèvement à la source en 2018.

Les deux sujets, entre économie et politique, ont agité les médias une bonne partie de la semaine…

Examinons d’abord les connotations du vocabulaire…

En premier lieu : « 49.3 ! »

Ca claque et ça fait mal ! La connotation est … négative. Le 49.3, pour la presse, c’est une arme.

Une variante politique du 357 Magnum. Quand on tape les chiffres « 49.3 » dans un moteur de recherche, on tombe, pour l’essentiel, sur des dessins de presse qui caricaturent le premier ministre, arme au poing.

Avec la même métaphore du far-west, style « Valls dégaine le 49.3 ! »

Pour le « prélèvement à la source », c’est l’inverse ! Pour le coup, l’utilisation par le politique de cette formulation, relayée par les médias, est habile.

La connotation du mot « source » est très… positive. La source, c’est la pureté, l’origine du monde, l’eau claire.

Comme un renversement de perspective après la campagne médiatique d’il y a 2 ans sur le thème du « ras le bol fiscal ».

Le sujet est le même, la logique inversée. A tel point que les éditoriaux critiques vis-à-vis de ce système d’imposition sont contraints d’utiliser des formules comme « Le côté obscur du prélèvement à la source ». Preuve que le système est doté d’un a priori favorable, lumineux.

Un « jeu de rôles ».

Sur le 49.3, on a l’impression d’une « commedia dell’arte ». Le politique y a sa part, les médias aussi.

A chaque recours à cet alinéa controversé de la Constitution, ce sont les mêmes gros titres : passage en force, coup de poing, mépris du Parlement.

Et ça fait un demi-siècle que ça dure !

L’opposition, quelle qu’en soit la couleur, crie au mépris, la séance parlementaire tourne au théâtre, et la presse se fait généreusement l’écho de ces effets de manche.

Spectacle garanti.

En réalité, on est dans une affaire … banale : c’est le 84ème recours au 49.3. en 55 ans !!

Qui plus est, les médias, dont l’agenda est souvent celui de l’urgence, ont une part de responsabilité dans l’affaire : leur tendance naturelle est de pousser le politique à agir vite. Donc à utiliser le 49.3. Le dénoncer ensuite est donc un peu…hypocrite !

Dans le cas de la fiscalité, c’est un autre jeu de rôles, parce que la presse française est un peu « fâchée » avec les impôts.

D’abord, c’est une histoire d’inconscient collectif.

En 1914, il y a un siècle, le patron du Figaro, Gaston Calmette, avait été assassiné par la femme de l’ancien président du Conseil Joseph Caillaux. Pourquoi ?

Parce que le journal avait lancé une campagne de presse contre Caillaux. Pour être l’instigateur, je vous le donne en mille, …de l’impôt sur le revenu.

Ensuite, la presse n’est pas toujours à l’aise, techniquement, avec les questions fiscales. Leur traitement journalistique nécessite une compétence pointue que peu de nos confrères possèdent. En conséquence, et un peu par facilité, une partie de la presse française, tend à traiter les impôts par la polémique, plutôt que de décortiquer techniquement les réformes.

Enfin là encore, comme avec le 49.3, elle fait semblant de découvrir la Lune…

En l’occurrence, le fait que la France est l’un des derniers pays développés à ne pas appliquer le prélèvement à la source.

Avec la Suisse ou Singapour.

En matière de transparence fiscale, on connait meilleure compagnie…

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