Le fonctionnement médiatique de la présidence Macron s'annonce très différent de ce qui a précédé. Entre communication verrouillée et fascination monarchique. Il y a des risques.

Les journalistes attendent la passation de pouvoirs à l'Elysée entre François Hollande et Emmanuel Macron
Les journalistes attendent la passation de pouvoirs à l'Elysée entre François Hollande et Emmanuel Macron © AFP / Patrick KOVARIK / POOL

On se serait presque cru en train d’assister au couronnement d'un nouveau monarque britannique à l’abbaye de Westminster !

La couverture médiatique de l’investiture d’Emmanuel Macron, dimanche dernier, laisse a posteriori une impression troublante : celle d’un sacre, devant lequel se pâmaient nombre de commentateurs.

Le tapis rouge par ci, la photo de famille par là... Tout était ultra-professionnel. Un peu dans la continuité du documentaire Les Coulisses d’une victoire, diffusé juste après le scrutin.

Mais cette communication « rubis sur l’ongle » aurait tourné à vide si une partie de la presse n’en avait pas été le relais bienveillant.

Quand on réécoute à froid les commentaires télévisuels de cette investiture, ou quand on découvre les photos de l’installation à l’Elysée, on a l’impression d’être dans un conte de fées. Le « Prince Charmant ». Un Kennedy bis.

Retour d’une fascination monarchique bien française après dix ans de désacralisation de la fonction ? Ou effet de l’attente politique considérable placée dans le nouveau président ?

Sans doute un peu des deux.

Les rituels bousculés

Deuxième épisode, depuis lundi : le « roi Macron » bouscule les habitudes, y compris les habitudes de la presse.

Il décide de rompre avec les pratiques… bavardes du quinquennat Hollande. Il se désintéresse du « temps médiatique », en changeant les horaires d’annonce de son Premier ministre puis de son gouvernement. Il choisit de fermer la cour de l’Elysée lors du premier Conseil des ministres, empêchant ainsi la presse de se livrer à cet exercice, parfois d’une grande vacuité, de la « petite phrase à la sortie du conseil ».

Et il décide de ne pas réserver la couverture de ses déplacements aux seuls journalistes politiques, en les ouvrant davantage aux « rubricards », spécialistes des questions économiques, sociales, militaires, éducatives, etc.

Dans cette volonté de rompre avec certains rituels médiatiques, il n’y a pas que des idées absurdes ; le monarque a quelque chose d’éclairé…

Mais il y a un hic : Vous savez quoi ? Il ne faut pas se fier à la fascination exercée par l’épisode du sacre. En fait, nous ne sommes pas en monarchie !

Et, depuis dimanche, l’équipe Macron a parfois donné une impression curieuse. Lors de l’investiture, puis lors de l’organisation du déplacement d’aujourd’hui au Mali, elle a pu laisser penser qu’elle choisissait, individuellement, les journalistes censés couvrir tel ou tel événement…

Excès de zèle de la communication ou simple erreur de démarrage ? Là encore, peut-être un peu des deux.

Mais cela a donc conduit hier soir une quinzaine de sociétés de journalistes et de directeurs de rédactions de plusieurs médias (Le Monde, France Inter, RTL, Libération, France Télévisions, etc.) à rappeler une règle simple : ce n’est pas au pouvoir de décider qui fait quoi dans une rédaction.

C’est tout bête : ça s’appelle la liberté de la presse…

► ALLER PLUS LOIN | "Monsieur le président, il n’appartient pas à l’Elysée de choisir les journalistes"

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.