C’est l’un des sujets qui suscite parmi vous un grand nombre de courriels et de réactions…Observation récurrente de votre part : depuis le début de la crise en Ukraine, les médias français sont orientés… Comprenez : Anti Russes.L’argument… est recevable… Oui, les médias occidentaux, au début du mouvement de Maidan, ont sans doute globalement survalorisé la représentativité des manifestants pro-Européens… La place Maidan n’était pas l’Ukraine, pas plus que 3 ans plus tôt, la placeTahrir n’était l’Egypte.Oui, ces mêmes médias occidentaux ont sans doute, pour la plupart, sous-estimé la prégnance des mouvements néo-nazis dans une partie du gouvernement ukrainien, sous-estimé aussi les exactions commises par l’armée ukrainienne dans la région séparatiste du Donbass.Et surtout, la presse occidentale dans son ensemble ne cherche que rarement à comprendre le logiciel géopolitique russe. Il faut pourtant mesurer combien pour Moscou, l’Ukraine est une sorte de zone tampon avec l’Occident. Et combien la peur de l’OTAN est réelle et sincère. Le résultat, c’est donc souvent un bruit médiatique dominant qui, par porosité avec le discours des gouvernants, simplifie à outrance, selon le bon vieux cliché : les Bons contre les Méchants. Les Occidentaux contre les Russes.

Cela dit, au jeu du simplisme, les médias russes l’emportent haut la main… A la télévision russe, ce n’est pas de clichés dont il s’agit, mais de propagande à marche forcée. Sur le grand journal télévisé de la principale télévision russe, le gouvernement ukrainien est systématiquement qualifié de fasciste, l’armée ukrainienne de génocidaire, et l’Occident de terre décadente et homosexuelle.Quant aux reporters de la chaîne, ils posent régulièrement en treillis aux côtés des séparatistes russes.Tous les grands médias sont contrôlés par une holding étatique. Sur Internet, le Kremlin paye des étudiants pour saturer la toile de messages pro Poutine. Et plus récemment, Moscou a lancé une nouvelle agence de presse, Sputnik, dont les moyens sont considérables, y compris à l’international.En Occident, plusieurs blogs font également partie du dispositif, dont une bonne demi-douzaine en France.Bref, en matière de propagande, la Russie, c’est plus fort que toi !Question, comment éviter le piège du manichéisme ? La réponse est simple : en allant sur le terrain.Mais en allant… des deux côtés.C’est notre choix à Radio France depuis plus d’un an, avec près d’une trentaine de missions de reporters en 12 mois, à Kiev, à Donetsk, mais aussi à Marioupol ou à Sébastopol en Crimée. Le terrain, c’est le seul moyen d’éviter la propagande. Pour constater par exemple, comme l’ont fait nos reporters, qu’il y a effectivement des soldats russes à combattre aux côtés des séparatistes.Pour constater aussi que la population ukrainienne, en grande partie, est prise entre deux feux et n’a pas envie de choisir.Aller sur le terrain, c’est simple… Et compliqué à la fois.Parce que les belligérants n’accueillent pas les journalistes à bras ouverts. Mais c’est la seule solution. Pour éviter le piège d’une vision occidentale ethno centrée. Pour… ne pas basculer soi-même dans la propagande que l’on dénonce dans les médias russes.ꀀ

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