La voiture de police a été incendiée près du canal Saint-Martin, à Paris
La voiture de police a été incendiée près du canal Saint-Martin, à Paris © Reuters / Charles Platiau

Ouverture du 20h de TF1 et de France 2, photo en Une du Parisien et du Monde, images visionnées plus de 5 millions de fois en 24h sur les réseaux sociaux…

La voiture de police incendiée par des casseurs avant-hier quai de Valmy à Paris, a fait l’objet d’une intense couverture médiatique.

Pourquoi ? Avant tout bien sûr, parce que ces images sont… sidérantes de violence !

Les agresseurs veulent détruire le véhicule et « casser » du policier !

On a l’impression d’être, pour partie dans un film d’action américain de série B, pour partie dans un pays en guerre civile, façon Irlande du Nord il y a quelques années. Sauf que nous sommes à Paris en 2016.

Il y a donc une… sidération, un peu comme lors des attentats de novembre dernier, toutes proportions gardées. D’autant que les faits se passent dans le même quartier.

Et puis… il y a les flammes !

Le feu, c’est spectaculaire, donc le succès médiatique est garanti.

C’est même… hypnotique !

Des études américaines démontrent que certains Internautes sont fascinés par de telles images qu’ils regardent en boucle.

On surnomme cela le « riot porn », le « porno de l’émeute »…

Enfin les flammes, c’est l’inconscient collectif, voire religieux : pêle-mêle l’Inquisition, le bûcher, Jeanne d’Arc.

Lassitude journalistique

L'ultra violence n’est pas le seul paramètre qui explique la « viralité » de ces images…

Ajoutons en effet au moins trois autres éléments :

  • la temporalité des faits : ça se passe à la mi-journée, idéal pour une forte couverture dans les JT et dans la presse écrite du lendemain

  • la symbolique de la scène : de « simples flics » dans une voiture banale, une Renault Scenic, impuissants et gardant heureusement leur calme, face à une poignée de casseurs déchaînés. Un combat inégal.

  • Enfin 3 : la lassitude journalistique sur les manifestations contre la loi travail. La mobilisation est stagnante. La presse ne sait donc plus comment renouveler ce sujet, et se focalise sur le fait nouveau depuis 3 semaines, l’ultra violence.

La dictature de l'émotion

Le problème des flammes, c’est qu’elles sont aveuglantes…

D’abord, elles peuvent laisser penser que les casseurs, soudain, « règneraient sur la ville »…

En réalité, quand on visionne attentivement toutes les vidéos de la scène, on n’identifie que 3 ou 4 casseurs.

Et… trois fois plus de photographes ou de vidéastes qui immortalisent le moment !

Il s’agit donc bien d’ultra violence, mais…ultra-médiatisée, et ultra-minoritaire.

Or multidiffuser ces images, c’est faire le jeu de ces black blocs extrémistes !

Ils utilisent le principe de la terreur : choisir une cible spectaculaire, pour un écho le plus fort possible.

Avec l’espoir de déclencher une réaction de répression radicale qui légitimera en retour leur propre violence.

Essayons, comme ces deux policiers, de conserver notre sang-froid.

La dictature de l’émotion est rarement bonne conseillère.

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