Départementales : les intentions de vote
Départementales : les intentions de vote © Radio France

Dans les urnes aussi, il faut s’attendre ce week-end, à une « grande marée »…

Une marée d’extrême droite, avec des 21 avril 2002 démultipliés à l’échelle de centaines de cantons.

L’interrogation sur la responsabilité des médias va donc irrémédiablement resurgir. Et elle est… légitime.

Les médias, dit avec raison Franz Olivier Giesbert, « n’ont jamais su faire avec le FN ».

Au début il y a plus de 20 ans, les journalistes ont privilégié l’ostracisme, voire l’agressivité. Aujourd’hui, par certains aspects, c’est…l’inverse.

Le FN est médiatiquement… omniprésent !

En témoigne par exemple l’attention disproportionnée accordée il y un an, au résultat de la cantonale partielle de Brignoles ; on avait eu l’impression que toute la France venait de voter FN.

5000 électeurs extrapolés en 50 millions !

Ingrédients de cette mécanique :

  • La prégnance d’un journalisme de sondage et de pronostics,

  • Le charisme et le professionnalisme de Marine Le Pen, « un bon client » dans le jargon médiatique,

  • Et la quête maladive du spectaculaire : un succès FN c’est vendeur, ça fait causer…

Résultat : un discours dominant qui semble accorder au Front National une puissance… inarrêtable !

Une responsabilité indirece

Par l’adoption du champ lexical et de l’agenda politique du Front National: depuis plusieurs années, le traitement, dans bon nombre de médias, des sujets liés à l’Islam, à la sécurité, à l’Europe ou à l’immigration, traduit une forme de suivisme sur les thématiques du FN.

Ca va plus loin. A première vue, le FN ne manque jamais une occasion de dénoncer les attaques injustes dont il serait victime de la part de la presse.

Mais c’est pour l’essentiel une rhétorique visant à dénoncer les élites en y associant les médias. En réalité, un nombre significatif de journalistes et particulièrement d’éditorialistes est désormais… sensible aux idées d’extrême droite. Ajoutons enfin à ce paysage …la présence massive et très organisée des militants du FN, sur les réseaux sociaux, et dans les nombreux forums d’interactivités des médias classiques

La presse n’est pas responsable de tout

D’abord la presse n’est que le reflet de la société, et de sa… droitisation.

Ensuite, les journalistes n’ont pas renoncé à l’enquête sur le FN.

Réécoutez par exemple l’Interception de Nasser Madji sur la gestion des villes Front National, diffusé ici même.

Et surtout, la presse n’est pas la cause première ; l’échec de la lutte contre le chômage depuis 3 décennies ou les affaires de corruption sont autrement plus responsables.

En d’autres termes, la presse n’est que le… thermomètre.

Et les journalistes se doivent de donner la température.

Mais, et c’est la quadrature du cercle, donner la température, c’est contribuer mécaniquement à normaliser le vote FN, à le rendre chaque jour moins tabou.

Il ne faut donc pas se contenter d’un journalisme de sondage, celui de la température. Mais persister à enquêter, encore et encore.

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