Quelle est la place du journaliste face à la situation sans précédent créée par les événements de la semaine écoulée ?

Plus que jamais, il doit avoir des devoirs, et des droits.

D’abord, garder à l’esprit que nous sommes citoyens avant que d’être journalistes.

Vendredi soir dernier, certains d’entre nous, habitant le quartier des attentats, ont évidemment su protéger leurs frères humains en ouvrant leurs portes pendant les fusillades. Avant que d’informer.

Depuis vendredi, à plusieurs reprises, les médias ont su retenir par devers eux des informations qui pouvaient nuire au déroulement de l’enquête.

En particulier sur l’identité des terroristes.

Et les reporters spécialistes des réseaux jihadistes, parfois en possession de signaux d’alerte sur des attentats,…seront sans doute désormais plus facilement en contact avec les forces de renseignement, si tant est que ces dernières le souhaitent.

Trier

Et informer aujourd’hui, c’est, plus que jamais, trier.

Trier en particulier tout ce que véhiculent les réseaux sociaux, où circulent beaucoup plus de rumeurs infondées que d’informations vérifiées.

Lors de la seule soirée de dimanche, près de 7000 tweets ont annoncé des fusillades à Paris. Il ne s’agissait que de pétards et d’ampoules cassées.

Faire œuvre de journaliste, c’est alors prendre le temps de la vérification, pour ne pas déclencher de panique inutile.

C’est aussi trier dans les images. Réfléchir et renoncer, avant que de diffuser ce qui peut faire le jeu de la propagande des terroristes.

Ces derniers jours, plusieurs vidéos amateurs, montrant en particulier les attentats- suicides, ont circulé dans Paris.

Certaines auraient été achetées par des grands médias. Puissent-ils ne pas diffuser ces images.

Ne pas privilégier la quête du spectaculaire à l’esprit de responsabilité.

C’est cela aussi, être citoyen.

Citoyen oui, militant non

Faire face à l’agresseur, oui.

Mais pas n’importe comment.

Le journaliste ne saurait être, ni un auxiliaire de police, ni le bras informatif d’un pouvoir tenté par la guerre et sa rhétorique.

Le fait que nombre de professionnels des médias aient perdu des amis il y a une semaine, ne doit pas nous faire perdre la raison, la réflexion.

L’état d’urgence, dans ses nouvelles modalités, ne concerne fort heureusement pas la presse. Elle est libre.

Encore faut-il qu’elle exerce cette liberté.

En faisant entendre la complexité du monde et les voix discordantes.

En rappelant que la guerre, même conduite par une démocratie, peut conduire aux pires dérives, la torture en Algérie, ou plus récemment le camp de Guantanamo.

La pluralité des points de vue, c’est une pierre angulaire de notre mode de vie, ce que cherchent à détruire nos agresseurs.

Y renoncer, c’est, à terme, leur concéder la victoire.

Et le rôle des journalistes est, à cet égard essentiel.

Le pari des terroristes, c’est que nous serons lâches et imbéciles. Efforçons nous de n’être ni l’un, ni l’autre.

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