Dans la foulée de l'affaire Weinstein, des centaines de milliers de femmes ont témoigné sur Twitter sur le harcèlement sexuel. Le réseau social joue un rôle positif dans ce dossier

C’est donc par les réseaux sociaux que l’affaire Weinstein a pris une nouvelle ampleur : celle d’un événement susceptible de changer la société.

Aux Etats-Unis, avec le mot clé « Me too », en Italie avec « Quella volta » ou en France avec « Balance ton porc », c’est donc Twitter, avec ces centaines de milliers de témoignages, qui dévoile au grand jour l’ampleur du harcèlement sexuel dans nos sociétés.

Twitter, qui souvent, est une caisse de rétrécissement de l’information (tant les commentaires se concentrent sur une poignée de sujets), a donné le LA. Et ensuite les médias traditionnels ont emboîté le pas. 

Cette chronologie dit plusieurs choses.

D’abord évidemment la puissance des réseaux sociaux : l’expression directe du témoignage, sans filtre, constitue une source d’information.

Ensuite, on peut y voir une incapacité de la presse, jusqu’à présent, à évaluer l’importance du sujet ; alors qu’une femme sur deux dit avoir déjà été victime de harcèlement sexuel.

Plus troublant encore : l’abondance, sur Twitter, des témoignages qui concernent précisément… les médias ! Certes, c’est un effet statistique de la surreprésentation des journalistes sur ce réseau social. 

Mais ces témoignages montrent surtout que les cas de harcèlement sont bien présents dans les médias. De là à penser que la presse, souvent dirigée par des hommes, a minimisé le sujet, plus ou moins consciemment, depuis des années, c’est une hypothèse à ne pas écarter.

Délation ou libération ?

Donc Twitter « balance » … sauf que « balancer », ça peut poser question…

C’est la principale objection avancée par les critiques : le risque de la… délation.  Le risque du lynchage médiatique, où des noms peuvent être jetés en pâture en faisant fi de la présomption d’innocence. 

La critique est recevable, d’autant que ce risque est consubstantiel aux réseaux sociaux.  Et il n’est pas faux de dire que les affaires de harcèlement relèvent d’abord de la justice.

Mais cette critique est elle-même critiquable.

D’abord, dans les centaines de milliers de tweets parus depuis une semaine, très très peu citent nommément des individus.

Ensuite, observons que cette critique est surtout formulée en France. Un pays où la dénonciation est toujours mal perçue : c’est sans doute l’ombre de la collaboration période Vichy. Là, où à l’inverse, dans les pays anglo-saxons, la dénonciation est un acte citoyen de solidarité avec la société.

Enfin, ce raz de marée de témoignages dit justement l’incapacité de la justice à traiter de ces situations, où la charge de la preuve est difficile à apporter. Ces témoignages de souffrance et de colère donnent une occasion de faire évoluer la société, en légitimant la parole des victimes. 

Le risque de la délation et de la diffamation existe, c'est vrai. Mais l'enjeu de société est tel qu'il faut sans doute courir ce risque.

Dans cette affaire, les réseaux sociaux comblent les insuffisances des médias et de la justice.  Autant parfois ils constituent une menace pour notre vie privée, autant, dans ce cas, ils nous semblent d’utilité publique.

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