Jamais les journalistes et la presse n'avaient été autant attaqués pendant une campagne électorale. A raison ? Ou... à tort ?

Première observation : « LES médias » ça ne veut rien dire. En France en tous cas, il n’existe aucun ensemble médiatique homogène, mais bien DES organes de presse très variés.

Sur le fond maintenant : Y-a-t-il eu information insuffisante ou déformée ? En termes quantitatifs, la réponse est simple : jamais campagne présidentielle n’a été autant couverte par les médias. Dans l’audiovisuel, le temps d’antenne consacré au scrutin a augmenté de 60% par rapport à 2012, malgré les contraintes imposées par le CSA.

Sur le contenu ensuite. Il y aurait eu, selon certains, trop d’espace accordé aux « affaires ». Là encore, cette affirmation ne résiste pas à l’analyse.

D’abord, la presse a le devoir d’enquêter sur la probité des candidats. Ensuite, même dans le cas de François Fillon, l’espace accordé à l’explication de son programme a été nettement supérieur à l’espace accordé au traitement des affaires. En fait, tous les principaux candidats ont eu peu ou prou le même temps de parole, abondant, pour détailler leur programme.La dernière émission clé de la campagne hier soir sur France Inter et France 2 en est l’incarnation. Malgré les circonstances d’actualité, compliquées à gérer journalistiquement hier soi avec l’attaque des Champs Elysées, cette émission a gardé le cap.

Poussons l’examen plus loin. Les médias ont-ils favorisé ou au contraire visé un ou des candidats particuliers ? En fait, chacun voit midi à sa porte. Ici à France Inter, j’ai reçu des courriers de tous les courants politiques se plaignant du traitement de LEUR candidat. Pas un seul qui ne se soit plaint. On est donc là dans une question très subjective. Je pense sincèrement que pendant cette campagne, les journalistes des principaux médias français ont travaillé… avec honnêteté.

La fragmentation par les réseaux sociaux

Mais il y a un fait nouveau : les médias ne sont plus… tout seuls. D’une part, plusieurs candidats ont fait le choix de se passer, en partie, des médias. Voire de les attaquer. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, en particulier, visiblement peu désireux de répondre à certaines interpellations journalistiques, ont fait faux bond à plusieurs médias, dont France Inter.

You Tube ou Facebook permettent aux candidats de communiquer directement avec leurs électeurs. En développant une stratégie délibérée sur la critique des médias qui seraient l’incarnation d’un système. L’argument porte auprès d’une partie de l’électorat qui rejette toute forme d’institution.

Qui plus est, l’essor des réseaux sociaux (loin d’avoir créé un forum géant de débat collectif), a, au contraire, favorisé la création de chapelles autonomes, très structurées, mais où l’on se parle uniquement entre partisans d’un même camp. Et là pour le coup, sur ces réseaux, la désinformation est bien présente.

Le phénomène, saisissant lors de cette campagne, traduit et renforce la fragmentation très forte de la société française. Et ce n’est pas le moindre de nos défis collectifs que de chercher à recoller les morceaux de cette société si divisée.

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