A la fois spectaculaire et inattendue, les manifestations de policiers ont d'autant plus de succès médiatique que la "figure" du policier est devenue populaire.

Deux images et un « son »… « incarnent » cette fronde et expliquent pourquoi elle fait la Une de presque tous les médias.

La première image, c’est évidemment la voiture incendiée de Viry Chatillon. Violence de l’agression, puissance symbolique des flammes, on se souvient du précédent, en mai,, lorsqu’une autre voiture de police avait été incendiée pendant les manifestations contre la loi travail.

C’est spectaculaire et impressionnant. Donc médiatiquement fort.

Deuxième image : des policiers en civil, manifestant en pleine nuit, avec leur seul brassard pour signe distinctif, petit symbole phosphorescent qui nous rappelle inconsciemment les flammes du drame de Viry. Là encore, spectaculaire et… inattendu : les manifestations, ça n’est pas censé se dérouler la nuit. Même s’il y a le précédent de « Nuit Debout », c’est nouveau, ça attire donc forcément la presse.

Et puis un policier qui manifeste, c’est par définition incongru, comme une inversion des figures du conte : le policier a priori il surveille la manif, il ne la fait pas.

Enfin… le son, tout simple mais tellement efficace : les sirènes de police pour exprimer la colère. Viralité médiatique assurée.

Le policier est devenu une figure populaire

Ca c’est pour la forme, mais il y a des éléments plus profonds dans cet intérêt des médias pour le sujet…

D’abord, c’est le reflet d’une identification croissante à la figure du policier. L’essor du terrorisme a renforcé le besoin d’autorité et accru l’acceptation de la présence policière (ou militaire). La figure de l’ordre est plus légitime, la presse est le reflet de cette évolution.

A fortiori quand cette figure est celle du « simple flic », habillé en civil, comme vous et moi, baskets, jean, blousons. Le « simple flic », qui défend l’ordre mais critique une autorité venue d’en haut pour le coup en perte de légitimité. Là encore, cette évolution touche toute la société. Cette fronde est donc une sorte de « maison témoin ».

Ajoutons-y la prégnance culturelle croissante de la figure du policier, à travers l’omniprésence des séries télévisées. Et vous avez les composantes d’une forte identification.

Enfin, comme toujours en période électorale, la presse est très attentive aux conflits sociaux en gestation, tout ce qui peut « mettre le feu aux poudres ». .. En particulier si la mobilisation semble spontanée.

L’est-elle dans le cas d’espèce ? Sans doute, vu son ampleur.

Cela dit le Front National, dont le potentiel électoral est très fort chez les policiers, a tout à gagner à placer la question de l’insécurité dans les thèmes de campagne. Le succès médiatique de la « fronde policière » peut donc devenir l’instrument involontaire et indirect… de cet objectif.

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