Ils seraient doncà nouveau plusieurs centaines à avoir péri, en mer Méditerranée, ces derniers jours. Au large de la Libye. En cherchant à atteindre l’Europe, à bord d’une embarcation de fortune.

Migrants : la dangereuse traversée de la Méditerranée
Migrants : la dangereuse traversée de la Méditerranée © Radio France / Idé

Or cette information saisissante a été traitée de façon hétérogène dans la presse. Abondamment hier dans Le Monde ou Libération, dès mercredi soir sur TF1 ou France Inter. Mais en bref, voire pas du tout dans de nombreux autres médias.

Contrairement à l’automne dernier, il n’y a plus d’unanimité médiatique sur l’importance à accorder à la tragédie des migrants.

Et le fait que la Méditerranée se transforme un peu plus chaque jour en un gigantesque cimetière marin ne fait plus la Une partout.

Le risque de la banalisation

Comment expliquer cette évolution ?

Comme toujours, il y a plusieurs facteurs. Le premier, c’est la prégnance d’une autre actualité, plus sociale : entre les projets sur le RSA, l’ultimatum du Medef sur l’indemnisation chômage et les revendications de « Nuit Debout » sur la loi travail.

Le deuxième, c’est l’impact du discours politique. Le ramdam sur l’accord européen avec la Turquie crée un mirage : « le sujet migratoire serait réglé, les réfugiés seraient prêts à repartir chez eux, en Syrie ou en Afghanistan ».

Illusion d’optique : d’une part, les candidats à l’exil vont chercher d’autres routes, d’autre part ils viennent en grande partie d’Afrique et ne passent donc pas… par la Turquie.

Troisième paramètre : la crainte latente de faire le jeu de l’extrême droite en accordant trop d’importance à ce sujet. Erreur là encore, car ce n’est pas en taisant la difficulté qu’on la fera disparaître.

Enfin dernier élément, à la fois le plus trivial et le plus fort : la banalisation.

La presse cherche sans cesse le fait nouveau.

Si la mort de 500 personnes au large de la Libye commence à être perçue par les journalistes comme un fait banal, alors elle va disparaître des colonnes des journaux.

Les chômeurs et les stars de la télé

Et c’est là que l’on rejoint les chômeurs…

Les migrants pourraient devenir, médiatiquement, de nouveaux chômeurs.

Je m’explique.

Dans les deux cas :

  • un enjeu structurel pour nos sociétés occidentales,

  • un drame humain,

  • et un problème qui n’en finit plus.

Résultat : des journalistes qui s’interrogent sur la façon de « renouveler le sujet ». Avec le risque d’en déduire que ça n’a plus d’intérêt tant c’est répétitif.

C’est là qu’il faut s’interroger.

Peut-on vraiment négliger la mort de 500 êtres humains ? Ou l’absence d’emploi pour 3 millions et demi de personnes ?

Peut-on cesser d’envoyer des reporters sur le terrain, au motif que « c’est toujours la même chose » ?

Peut-on imaginer, comme certaines Unes de presse ont pu le laisser penser cette semaine, que les caprices mégalo d’un animateur de télévision sont… plus importants ?

Je vous laisse répondre.

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