La collision mortelle entre un train et un car scolaire dans les Pyrénées Orientales a suscité une forte couverture journalistique. Raison principale: ce drame parle à chacun de nous, parents et/ou automobilistes.

Les secours autour du car coupé en deux au lendemain de l'accident de Millas
Les secours autour du car coupé en deux au lendemain de l'accident de Millas © AFP / RAYMOND ROIG / AFP

Ce n’est pas faire injure aux victimes et à leurs familles que de le dire : la collision mortelle de Millas relève, dans les « catégories journalistiques », du fait divers.

Et il est assez rare qu’un « fait divers » parvienne en Une, non seulement des journaux populaires et des chaines d’info continue, mais aussi de médias plus enclins à traiter des enjeux politiques ou internationaux. C’est ce qui s’est produit avec le drame de Millas.

Cet intérêt s’explique d’abord parce que cette tragédie suscite une forte identification du public. A un double titre. 

D’une part, il y a l’identification de tous les parents d’enfants ou d’adolescents. Quelle mère ou quel père n’a pas redouté l'horreur d'un accident mortel tandis que son fils ou sa fille est en voyage scolaire…

Et cette crainte est alimentée par des précédents, les accidents d’Allinges en 2008, (un passage à niveau, déjà), et de Beaune (44 enfants tués en 1982), une tragédie bien présente dans notre mémoire collective.

D’autre part, il y a l’identification des automobilistes.  Là encore quel conducteur ou conductrice n’a pas été, un jour, pris par une sourde inquiétude en faisant avancer son véhicule sur un passage à niveau…  Il existe encore en France 15.000 de ces croisements route /voie ferrée qui semblent d’un autre temps. Et cette année plus de 30 personnes y ont été tuées. 

Dans un pays où la lutte contre l’insécurité routière a mis du temps à devenir une priorité nationale, l’accident de car, dans un petit village comme il y en a tant, possède une forte portée symbolique.

Nous sommes donc en présence d’un sujet qui « parle » au plus grand nombre, (parents, automobilistes), parce qu’il renvoie à la vie quotidienne. 

Mystère et film catastrophe

Il y a d’autres raisons à cet intérêt journalistique, des raisons un peu plus triviales…

D’abord, les images sont… impressionnantes. Vous avez sans doute vu ces photos ou vidéos, tournées par nos confrères de France Bleu Roussillon, les premiers sur les lieux. L’image de l’autocar coupé en deux est saisissante, elle semble tout droit sortie d’un film catastrophe.

Ensuite, il y a du mystère, cette fois nous sommes dans le film policier : les barrières étaient-elles levées ou fermées ? La question n’est pas élucidée. L’enquête le dira sans doute.  Avec à l’arrière-plan, la question des responsabilités.

Autre paramètre, la Sncf est partie prenante dans le dossier.

Et la société de transport ferroviaire accumule les soucis : pannes à répétition à la gare Montparnasse, mise en examen dans l’enquête sur le déraillement du TGV Est en 2015. Ces affaires, bien qu’indépendantes les unes des autres, créent les conditions d’une attention médiatique redoublée pour tout ce qui touche à la Sncf.

Pouvoir politique et machine à émotion

Enfin, ultime ingrédient : la réactivité du pouvoir politique. Elle est devenue coutumière dans ce genre de drames, tant les pouvoirs publics ne veulent pas se voir reprocher un manque de compassion.

Emmanuel Macron a immédiatement adressé un message aux familles des victimes. Edouard Philippe s’est aussitôt rendu sur place, d’autant plus rapidement que, fait du hasard, il se trouvait déjà dans le sud de la France, à Cahors, ce jour-là.

Cette réactivité politique finit de légitimer le sujet aux yeux des médias. Mais elle alimente l’émotion.

Or l’émotion est un « soufflé » qui retombe rapidement. Et ce n’est pas l’émotion seule qui règlera le problème de la dangerosité des passages à niveau français

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