Palmyre
Palmyre © CC -Jerzy Strzelecki

Les images de la « cité antique » de Palmyre en Syrie, font la Une…

Télévisions, radios, presse écrite, sites Internet. Partout.

Avec, partout, la même crainte, répétée : que les djihadistes du groupe Etat Islamique ne détruisent ces vestiges.

Crainte évidemment légitime : l’organisation extrémiste, spécialiste en communication, n’aime rien tant que de viser l’imaginaire occidental par le biais de ces vidéos de destruction.

Mais justement. Arrêtons-nous sur les images de la cité antique.

Faute de travail journalistique, il n’y aucun reporter sur place, que nous montre la presse occidentale ? D’abord des « cartes postales ». Photos idylliquees d’un site magnifiquement préservé en plein désert. Soleil et ciel bleu. Et symbolique de l’oasis : comme un ilot de civilisation au milieu de la barbarie.

La BBC, dès hier matin, a même lancé, en page d’accueil de son site, un appel à tous les Internautes: envoyez nous vos plus belles photos de voyage à Palmyre. Rappelons qu’avant la guerre, 150.000 touristes, essentiellement occidentaux, se pressaient chaque année sur le site syrien. Ce qui attire l’œil médiatique, dans la prise de Palmyre par le groupe Etat Islamique, c’est donc la menace, sur un site touristique, et un vestige de la civilisation occidentale.

Derrière les cartes postales

Ce faisant, on oublie, primo, que Palmyre, ou Tadmor en arabe, n’est pas qu’un site de colonnes gréco-romaines.

Curieusement, on parle beaucoup moins de ses bas-reliefs araméens, de ses sanctuaires arabes ou de sa citadelle des sultans mamelouks.

Comme si seule l’Histoire gréco-romaine, sous-entendu européenne, comptait pour quelque chose.

Secundo, on oublie que les victimes de la guerre en cours, ce sont les hommes et les femmes, qui viennent de passer sous la férule des Jihadistes. 50.000 habitants à Tadmor.

Inexistants ou presque dans la presse.

Moins importants, en tous cas, que les colonnes torsadées.

Tertio, la plupart des articles passent sous silence que Palmyre, pour les Syriens, ce n’est pas tant une cité antique que le symbole de la répression façon Assad.

Le siège de l’une des prisons les plus épouvantables du régime, où depuis des décennies, les prisonniers ont le choix entre mourir de faim ou être sommairement exécuté.

La chute de Palmyre, c’est aussi la chute d’une Bastille.

Mais ce n’est pas politiquement correct de le dire.

Le piège de Bachar el Assad

Le dictateur syrien a adopté une stratégie de communication évidente : aidez-moi car je suis le seul rempart contre les Djihadistes et leur barbarie. La chute de Palmyre est donc pour lui… une bonne nouvelle. Comme l’expliquait le chercheur Jean-Pierre Filiu dès hier dans le journal de 13h sur France Inter.

Il y a fort à parier que l’armée régulière syrienne a plus ou moins laissé tomber Palmyre, en prenant le pari que l’Occident allait être ému par le risque de destruction de ce « berceau de la civilisation ». Et ça marche…. !

Aux oubliettes, dans la plupart des médias, la responsabilité du régime Assad dans le pillage des sites archéologiques. Et bien surtout dans la destruction de son propre peuple. Le recours médiatique abondant, aux « cartes postales » de Palmyre fait donc objectivement le jeu de Bachar El Assad.

Mieux vaut le savoir.

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