Le duel Marine Le Pen - Florian Philippot a été le feuilleton médiatique de la semaine. Son traitement est révélateur de la relation très particulière entre la presse et le FN

Marine Le Pen et Florian Philippot lors d'un meeting en janvier 2017
Marine Le Pen et Florian Philippot lors d'un meeting en janvier 2017 © Getty / Chesnot

Un duel à la Une…

Le bras de fer entre Marine Le Pen et Florian Philippot a déclenché cette semaine une forte couverture médiatique.

Premier ingrédient, fond de sauce de cet intérêt journalistique, c’est la nouveauté : une clé déterminante dans les choix de la presse.

Une guerre des chefs au Front National, c’est théoriquement un oxymore, une impossibilité.

Le FN, c’est par excellence le parti qui remet son destin aux mains d’un leader.

Il faut remonter une génération, 20 ans en arrière, pour trouver trace d’une histoire similaire avec la rivalité Bruno Mégret / Jean-Marie Le Pen.

20 ans, c’est une éternité dans le temps médiatique.

Un duel à la tête du FN c’est donc… nouveau.

Deuxième paramètre, après le fond de sauce, le piment de l’affaire : pour le coup un ingrédient propre au Front National mais fascinant pour la presse.

C’est la dimension shakespearienne, voire psychanalytique.

Au FN, c’est toujours plus ou moins une affaire de famille.

On avait eu le parricide : Jean-Marie Le Pen symboliquement écarté par sa fille.

Là on a eu le fils adoptif de Marine Le Pen essayant de tuer sa maman.

Tu quoque mi fili, toi aussi mon fils ! Sauf que cette fois, César a tué Brutus et non l’inverse.

Et je n’oublie pas la nièce, Marion Maréchal, qui attend en coulisses….

Troisième ingrédient : le face à face s’est déroulé par médias interposés.

Lundi matin, Florian Philippot vient sur France Inter.

Le lendemain matin, Marine Le Pen lui répond sur RTL.

Et ainsi de suite. Jusqu’au jet de l’éponge de Philippot hier matin sur France 2.

C’est donc un duel qui valorise le rôle des médias. Petit plaisir narcissique.

Des relations tendues avec les journalistes

C’est aussi une forme de revanche pour la presse

Oui, la gourmandise journalistique sur le sujet trouve aussi sa source dans une sorte de « match retour ».

D’abord, pendant la récente campagne présidentielle, les journalistes sont nombreux à avoir souffert du traitement que leur a imposé le Front National.

Accès interdits aux meetings pour quelques organes de presse, refus de Marine Le Pen de se rendre sur plusieurs grands médias, tri entre les journalistes pour couvrir certains déplacements de campagne.

Dans l’entre deux tours, les 30 principaux médias français avaient d’ailleurs formellement protesté contre les méthodes du FN.

Il s’y ajoute un doute plus structurel qui taraude la presse : c’est la question de la responsabilité journalistique dans la montée du Front National depuis 20 ans.

Faute d’avoir su enrayer cette progression de l’extrême droite, il y a donc une tentation de vouloir précipiter son recul, en donnant un large écho à ces dissensions.

Notons le au passage : Florian Philippot, très disponible pour la presse, audiovisuelle en particulier, a fini par faire les frais du fonctionnement médiatique.

« Celui qui prend l’épée périra par l’épée »…

Mais attention au leurre, à l’illusion : penser ou laisser penser que ces dissensions pourraient signifier le début de la fin pour le FN.

Le Front National est aujourd’hui un parti puissant, au poids électoral sans précédent, et dont les idées sont solidement implantées dans le corps électoral.

Il serait prématuré d’affirmer que ce rififi de tontons flingueurs annonce son déclin.

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