Après 9 mois à 200 à l'heure, les journalistes politiques ont le droit à un petit coup de blues. Mais la situation politique est une chance pour réinventer le métier...

C’est un peu comme le baby blues. Ce « syndrome du 3ème jour » qui touche de nombreuses femmes, peu après l’accouchement… Après 9 mois de grossesse, ici 9 mois de campagne électorale non-stop depuis la primaire de droite, tout d’un coup, tout s’arrête. Après 8 dimanches électoraux (les 2 tours des 2 primaires, les 2 tours de la présidentielle, les 2 tours des législatives) … Après ce marathon épuisant qui fut aussi un sprint quotidien pour les journalistes, tant les coups de théâtre se sont multipliés…

Soudainement… c’est fini ! Avec le dernier acte: le 2ème gouvernement Philippe. Quel que soit votre métier, quelle que soit votre passion, imaginez : pendant 9 mois, vous le vivez à 200%. Et tout d’un coup, c’est terminé !

Dans les éditions spéciales et les journaux télévisés qui ont accompagné et suivi l’annonce du gouvernement avant-hier, il y avait d’ailleurs quelque chose de… fatigué. Le cœur n’y était plus vraiment. Juste la survivance d’un vieux réflexe journalistique un peu institutionnel, presque pavlovien : « il y a un nouveau gouvernement, il faut détailler les portefeuilles ». Mais bon, c’est vraiment parce que c’est l’usage…

Refaire son carnet d'adresses

Mais après le blues vient le rock n’roll. Parce que la recomposition politique qui vient de s’opérer est une chance formidable pour le journalisme.

Elle le contraint à se réinventer. Elle nous lance des défis en pagaille.

D’abord, très prosaïquement, en termes de carnet d’adresses. Les contacts directs avec le Président et même son entourage sont raréfiés, aux antipodes du quinquennat Hollande. Et surtout le grand « coup de balai » effectué dimanche (75% de nouveaux députés) signifie que les journalistes ont perdu une grande partie de leurs contacts. C’est vrai en particulier pour les exégètes du Parti Socialiste. Il faut donc tout reprendre, labourer à nouveau, chercher de nouveaux interlocuteurs. C’est le meilleur de notre métier.

Echapper à la communication verrouillée

Au-delà, la situation nous oblige à secouer les vieux logiciels, à rejeter une forme de paresse intellectuelle née des alternances bipartisanes droite – gauche. L’enjeu aujourd’hui, c’est de savoir refléter une Assemblée fragmentée, divisée en 7 groupes parlementaires, un record. L’enjeu c’est aussi de sortir d’une couverture journalistique traditionnelle par partis, pour déployer une analyse renforcée par sujets programmatiques. Car c’est cela qui va animer la vie politique.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des défis, la communication très professionnelle et très verrouillée de l’équipe Macron Philippe, doit pousser la presse à travailler d’arrache pieds. Pour ne pas se contenter des discours prémâchés.

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