Comment une rumeur ("Jacques Chirac est mort") s'est emparée des rédactions il y a deux jours, et pourquoi il y a des enseignements à en tirer.

L'ancien président de la République française, Jacques Chirac (novembre 2014)
L'ancien président de la République française, Jacques Chirac (novembre 2014) © AFP / PATRICK KOVARIK / POOL

Avant-hier, en milieu de matinée, une rumeur circule à la vitesse de l’éclair dans les rédactions parisiennes : l’ancien président de la République, hospitalisé depuis quelques jours, serait mort. La rumeur, contrairement à ce que certains ont écrit, ne suit pas mais précède, de 2 bonnes heures, un tweet de Christine Boutin qui la transforme en affirmation. Une tempête s’en suit, une demi-heure environ, le temps pour les journalistes de vérifier. Et de constater que la rumeur est infondée.

L’épisode est révélateur.

D’abord, il confirme que les réseaux sociaux et Internet ne sont pas en soi une source d’information. Les rumeurs y sont beaucoup plus nombreuses que les faits avérés. Songez qu’avant-hier matin, la fiche Wikipedia de Jacques Chirac a même été brièvement modifiée, pour annoncer…sa mort. Avant rectification évidemment ! L’obsession de la vitesse est la première source d’erreurs dans notre métier.

Deuxième enseignement : les médias classiques semblent enfin comprendre qu’il faut se méfier de Twitter. Aucun organe de presse fiable n’a relayé la rumeur. C’est rassurant. Cela dit la tentation, pendant quelques minutes, a été forte dans nombre de rédactions. Ce n’est pas nouveau dans le monde journalistique. Comme s’il y avait un défi, une excitation, une gloire à être le premier à annoncer la mort de quelqu’un.

Obsession de la vitesse, là encore… Elle peut conduire… droit dans le mur ! Il y a un an et demi, l’Agence France Presse, avait ainsi annoncé, par erreur, la mort de Martin Bouygues…

Nécrologie prématurée

Ajoutons-y les risques de la vacuité et de l’indécence.

La vacuité, c’est un journaliste devant l’hôpital de la Pitié Salpêtrière qui baratine pendant 2 minutes pour dire… « Le président est toujours hospitalisé, rien de neuf ». Là encore, un classique de ces situations. Il n’est pas un reporter qui n’ait connu cet échange avec sa rédaction :

- Je n’ai rien à dire !

- C’est pas grave, on te prend quand même ! »

La compassion d’abord, l’information après.

Il y a plus troublant. Même si avant-hier aucun média sérieux n’a directement relayé la rumeur, plusieurs chaines d’information continue, ont commencé, soit à diffuser une partie de la biographie de Jacques Chirac, soit à rendre hommage au président via des « micro trottoirs » de militants ex UMP. Le même réflexe s’était produit avec Shimon Peres, il y a quelques jours. C’est la tentation de traiter un événement avant qu’il ne se produise.

Autant il est légitime que les médias se préparent face à l’éventuelle disparition d’une personnalité, autant il est indécent de faire la nécrologie d’un homme encore vivant. L’obsession de la vitesse peut faire perdre le sens commun.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.