Bachar el Assad
Bachar el Assad © Radio France / Fabio Rodrigues Pozzebom

C’était lundi soir sur France 2…

David Pujadas interrogeant Bachar el Assad…

Cet entretien a suscité d’abondantes critiques dans les rangs de la majorité, certains élus socialistes n’hésitant pas à utiliser les adjectifs « honteux et déshonorant ».

Faut-il interviewer les tyrans et les dictateurs ? En l’occurrence un homme dont on sait l’immense part de responsabilité dans une guerre civile qui a déjà fait plus de 200.000 morts.

Si vous êtes familier de ce billet du vendredi matin, vous savez qu’il n’est pas toujours très indulgent avec le journal télévisé.

Mais dans le cas d’espèce, nous allons prendre sa défense…

D’abord, pour l’essentiel, les questions ont été posées.

Certes, David Pujadas aurait pu être un peu plus pugnace, sur l’utilisation des armes chimiques…

Ou sur la responsabilité du régime syrien dans la résurgence du terrorisme : au début du conflit, Assad a lui-même libéré de ses propres geôles des Islamistes notoires, pour créer un ennemi qui allait détourner notre regard de l’opposition démocratique. Mais, pour en revenir à notre sujet, convenons que, globalement, le présentateur de France 2 a, comme on dit dans le jargon journalistique, « fait le job ».

Objecté, rétorqué, tenté de mettre Assad en contradiction.

Images et reportages à l’appui.

Soit dit en passant, on aimerait que le même esprit de contradiction soit appliqué dans les interviews télévisées avec les hommes politiques français, a fortiori quand ils sont soupçonnés dans des affaires douteuses.

Le problème ne réside donc pas dans la façon dont l’entretien a été mené.

Reste le point central : le principe même de l’interview.

Et là encore, sur le principe, faut-il interviewer Assad.

A mon avis, oui…

Assad ment, sans doute.

C’est un dictateur, sans doute. Son discours n’est pas celui des chancelleries occidentales, sans aucun doute. Mais son rôle politique est réel.Et surtout doit-on renoncer à écouter la parole qui nous dérange ?

Et considérer donc, de facto, que l’Occident a raison, que tout autre discours ou vision du monde n’a pas droit de cité ?

De plus, n’ayons pas la mémoire courte : lors de la guerre du Kosovo, dans les années 90, l’OTAN ne s’était pas privée de mentir, non plus.

La guerre, c’est le mensonge.

Par définition. Et pas seulement du côté de l’adversaire présumé.

Reste une objection majeure : avec ce genre d’interviews, les médias font la comm’ de Bachar el Assad.

Une communication dont le plan est simple : à tout prendre, je suis moins pire que les Islamistes, donc dialoguez avec moi.

L’objection est recevable, d’autant que le dictateur syrien est aussi professionnel dans son élocution que péremptoire dans ses affirmations.

Mais là encore, étrangement, cette objection n’est pas soulevée lorsqu’on interroge des hommes politiques occidentaux.

En réalité, si l’on peut poser des questions et contredire, alors le journalisme est sauf.

Libre ensuite à chacun de se faire son opinion, au vu des réponses.

Critiquer le média, c’est « vouloir tuer le messager » au motif qu’il apporte de mauvaises nouvelles, comme l’écrivait Shakespeare dans Henri IV.

Plutôt que le messager, il vaudrait donc mieux regarder l’expéditeur et le destinataire du courrier.

En l’occurrence : Assad d’un côté, les capitales occidentales de l’autre.

Et le jeu ambigu qui, désormais, les relie.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.