Une partie de la presse a traité avec distance les actes terroristes d'Orly et de Londres. Effet de banalisation ou effet d'une réflexion sur le rôle des médias face à la terreur ?

"C'était un monstre, pas un musulman" peut-on lire sur ce panneau, en anglais, déposé pour rendre hommage aux victimes de l'attaque terroriste de mardi sur le pont Westminster, à Londres
"C'était un monstre, pas un musulman" peut-on lire sur ce panneau, en anglais, déposé pour rendre hommage aux victimes de l'attaque terroriste de mardi sur le pont Westminster, à Londres © AFP / See LI / Citizenside

Il y a quelques années encore, les attaques terroristes successives à Orly puis à Londres auraient provoqué une énorme couverture journalistique.

Cette fois les média, pour la plupart, ont gardé une certaine distance. C’est saisissant dans la presse écrite : après les agressions de Westminster avant-hier, une page à peine dans Libération, Le Figaro, ou La Croix, le tout relégué assez loin à l’intérieur du journal.

Comment interpréter cette évolution ? Emettons deux hypothèses.

1/ la banalisation, l’accoutumance

Le terrorisme fait désormais partie, sinon du quotidien, du moins d’une sorte de récurrence inévitable.

Même le « modus operandi » de ces terroristes « isolés » se ressemble d’un pays à l’autre. Il n’y a plus de facteur « nouveauté », ce facteur si crucial dans la hiérarchie de l’information.

Cette explication parait cynique, a fortiori pour les victimes et leurs familles. Elle n’en est pas moins réelle. Ajoutons-y la loi bien connu dans le journalisme du « mort kilomètre » : la mort de l’étranger du bout du monde compte beaucoup moins que celle de votre voisin… Et vous avez le résultat un peu inconscient mais inévitable : il faut que l’attentat soit massif et près de chez nous pour que la couverture médiatique soit abondante.

2/ la prise de recul délibérée

Dans cette hypothèse, on présume que les médias réfléchissent. Vous connaissez peut-être la citation de Raymond Aron :

Le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens le sachent.

L’ancien premier ministre britannique Margaret Thatcher ajoutait :

Il faut priver les terroristes de l’oxygène de la publicité.

Depuis les Anarchistes du XIXe siècle jusqu’aux assassins du groupe Etat Islamique, toutes les organisations terroristes procèdent ainsi. Les attentats ne sont pas un but en soi, ils sont un outil pour propager la peur.

Les "idiots utiles" du journalisme

De ce point de vue, les médias sont les « idiots utiles » du terrorisme. Plus on parle d’un attentat, plus on fait le jeu de ses auteurs. Il y a trois ans, un chercheur allemand a même établi une corrélation entre l’écho médiatique d’un attentat et l’augmentation, dans la foulée, des actes terroristes.

Dans le cas des attaques d’Orly et de Londres, les médias qui ont accordé le plus de place à ces événements sont aussi ceux qui accordent le plus d’importance aux images spectaculaires. On pense en particulier aux chaines d’information continue.

A l’inverse, la presse écrite semble avoir volontairement mis l’événement à distance.

Prendre du recul, c’est agir de façon… responsable.

Et les médias doivent le faire d’autant plus qu’a contrario les réseaux sociaux eux, en donnant une prime au spectaculaire, à l’indécence, à l’extrémisme, sont souvent… irresponsables.

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