François Hollande a décrété l'état d'urgence
François Hollande a décrété l'état d'urgence © MaxPPP

C’est un pari politique.

C’est aussi un indice de la maîtrise de François Hollande du fonctionnement journalistique. La décision du chef de l’Etat sur la déchéance de nationalité révèle à quel point il sait… jouer des médias.

Cet acte lui garantit une couverture médiatique maximale.

D’abord, la forme : l’effet de surprise !

Un coup de théâtre, c’est, par définition, l’assurance de faire la Une.

La machine à « édition spéciale » se met immédiatement en marche.

Tel n’eût pas été le cas s’il n’y avait pas eu de surprise.

Le fait que l’entourage de l’Elysée ait récemment laissé penser au retrait de la mesure, a donc démultiplié l’ampleur du coup de théâtre.

En termes d’intensité dramatique, c’est bien joué !

Le choix du moment est tout aussi habile : un 23 décembre, en pleine zone de ralentissement de l’actualité politique…

Une partie de la presse avait même décidé de ressortir Bernard Tapie du placard, c’est dire si elle n’avait rien à se mettre sous la dent…

Un bon scénario.

Et une mise en scène adroite fondée sur le « hors champ ». François Hollande n’apparait pas au premier plan. Il envoie Manuel Valls et ses ministres au charbon.

Il est le pouvoir et le marionnettiste.

Mi Mazarin, mi Louis XIV.

Demi contrariété

La presse est tout de même un peu contrariée.

Elle est contrariée parce qu’elle adore se prendre pour Mme Soleil. Annoncer une décision avant qu’elle ne soit prise.

C’est aussi pour ça qu’elle aime tant publier des sondages.

En l’occurrence, tous les médias, emboitant le pas à Christiane Taubira, avaient donc annoncé le retrait de la mesure. En sous estimant le silence persistant de l’Elysée et en surestimant le poids de la Garde des Sceaux.

Au bout du compte, la presse a donc un peu la sensation de s’être fait manipuler par le Président de la République.

Mais cette irritation s’efface devant un autre paramètre…

C’est la fascination pour l’homme politique de haut vol…

Mowgli et Kaa

C’est un classique dans le rapport de la presse à l’Elysée, sous la Vème République en France.

Même les éditorialistes critiques vis-à-vis du choix de François Hollande semblent fascinés par le côté florentin, mitterrandien… machiavélien de cette décision.

En mettant dans l’embarras la gauche comme la droite, pour des raisons opposées, François Hollande peut tout perdre.

Mais il peut aussi apparaître comme au-dessus des querelles partisanes.

Les médias face à François Hollande, en l’occurrence, c’est donc un peu comme Mowgli face au serpent Kaa dans « Le Livre de la Jungle »

Hypnotisés par le maître tacticien.

Or la question centrale est ailleurs : est-ce de la tactique à court terme en vue de la présidentielle de 2017, ou bien de la stratégie à long terme, indice d’une mutation profonde de la gauche française ?

Poser cette question, c’est éviter que Mowgli se comporte en ravi de la crèche.

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