Bruxelles sous le choc après les attentats du 22 mars
Bruxelles sous le choc après les attentats du 22 mars © MaxPPP / PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN

Les attentats de Bruxelles l’ont à nouveau démontré : à lui seul, le terrorisme concentre les principaux écueils auxquels le journalisme est aujourd’hui confronté.

Piège numéro un : la vitesse excessive. Ne pas prendre le temps de vérifier une information.

La rapidité avant la fiabilité.

Résultat : des erreurs grossières. Comme la diffusion, mardi matin, par au moins 2 grands médias français, d’une vidéo montrant prétendument les explosions de l’aéroport de Zaventem. En réalité, ces images datent d’il y a 5 ans, lors d’un attentat à Moscou.

Piège numéro deux, étroitement lié au premier : la vénération des réseaux sociaux, en particulier Twitter.

On sait pourtant désormais, que c’est au moins autant, « une foire au grand n’importe quoi » qu’une source d’informations fiables. Mardi fin de matinée, sur Twitter : rumeurs d’attentats dans plusieurs endroits de Bruxelles, l’hôpital St Pierre, l’université libre de Belgique.

A chaque fois, de fausses informations propagées par des comptes djihadistes, afin de semer la panique. Un tweet posté par un anonyme, ce n’est pas une information.

Fausse arrestation

Le troisième écueil, c'est le mimétisme…

On connait bien la propension des médias à se copier les uns les autres.

Cela peut se traduire par le fait de prendre pour argent comptant ce que publie un autre média.

Or parfois, c’est faux.

Exemple, avant-hier, un journal belge annonce l’arrestation de Najim Lachraoui.

Plusieurs médias français reprennent cette affirmation de façon catégorique.

Balayons devant notre porte : sur France Inter aussi, nous la répercutons alors pendant 2h, même si nous le faisons avec beaucoup de conditionnel.

Or, on le sait maintenant, Lachraoui était alors déjà mort dans l’une des explosions kamikaze.

Quatrième piège : l’autocensure.

Il est légitime, et ce fut parfois le cas cette semaine à Bruxelles, que la police demande aux journalistes de taire certaines informations.

Mais c’est bien aux rédactions de décider in fine, en conscience, ce qu’il convient de publier.

De trouver l’équilibre entre…. la nécessité citoyenne de ne pas nuire aux enquêtes, et la nécessité tout autant citoyenne de questionner l’efficacité des forces de l’ordre.

L'image est une arme

Le dernier écueil, c'est le culte du spectaculaire.

L’image spectaculaire, c’est la meilleure alliée des terroristes.

On le sait, mais ça ne change pas grand-chose.

Prenons les images de cette semaine : dans la presse écrite nationale, seuls Le Monde et La Croix ont pris soin d’éviter en Une les clichés… de victimes ensanglantées à l’aéroport, ou de passagers affolés dans les couloirs du métro.

Ces clichés, souvent amateurs, ont certes une valeur informative : ils montrent les ravages de la terreur.

Mais ils contribuent aussi à la propager.

Ils sont, au moins autant que les kalachnikovs, l’arme la plus efficace des terroristes.

On a donc droit de s’interroger sur leur multi diffusion.

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