Comment expliquer l'incapacité des médias à voir venir la large victoire de François Fillon à la primaire LR ? Ce n'est pas dû uniquement aux erreurs des instituts de sondage.

François Fillon, l’homme invisible devenu premier rôle
François Fillon, l’homme invisible devenu premier rôle © AFP / ERIC FEFERBERG / POOL

Pourquoi les médias ont-ils échoué à anticiper le succès de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre ?... Comme ils avaient échoué sur Donald Trump aux Etats-Unis… Les deux hommes sont très différents : d’un côté un conservateur (au sens britannique du terme), de l’autre un démagogue populiste. Néanmoins, des ressorts similaires expliquent cette erreur de pronostic.

D’abord, et c’est le point le plus important, un déficit globalement partagé : un manque de capteurs journalistiques sur une partie de l’électorat.

Sans doute, en France, la presse, dans son ensemble, a-t-elle insuffisamment travaillé le terrain de l’électorat de droite classique, catholique et conservatrice. C’est une lacune à combler.

Deuxième paramètre, on le décrit souvent ici, la persistance à croire dans la fiabilité de sondages pourtant en pleine déconfiture. Faillite flagrante dans le cas de François Fillon. Certes, les enquêtes avaient montré la progression de l’ancien premier ministre, mais elles avaient probablement toutes sous-estimé l’ampleur de son socle de départ.

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Ajoutons-y pêle-mêle plusieurs autres paramètres :

  • La volatilité de l’électorat, et sa méfiance vis-à-vis des médias et des instituts de sondage,
  • La puissance des réseaux d’information parallèles, très structurés dans les pans de la société les plus politisés.
  • La personnalité de François Fillon, austère et peu enclin à faire copain copain avec les journalistes.
  • Le mimétisme entre organes de presse.

Vous mélangez le tout, et c’est ainsi que François Fillon est resté « l’homme invisible », quasiment jusqu’à dimanche dernier.

Une intense couverture journalistique

Ça ne veut pas dire pour autant que la presse n’a pas fait son boulot. Il y a eu, depuis trois mois, beaucoup d’informations diffusées sur la primaire de la droite et du centre. Les candidats ont pu s’exprimer abondamment, et exposer leurs idées aux horaires de plus grande écoute.

Cette intense couverture médiatique a trouvé son apogée hier soir lors du débat organisé par France Inter, TF1 et France 2. On est donc en droit de penser que l’électorat de cette primaire est un électorat dûment informé, qui a fait et fera son choix en conscience. Parce que les médias ont fait leur boulot.

Ce travail a été fait parfois de façon partisane, surtout dans la presse écrite : les uns voyant ces derniers jours en François Fillon un héros, les autres un ennemi. Mais c’est une marque de fabrique habituelle dans les quotidiens et les hebdos en France. Et c’est aussi, une façon d’informer.

Cet épisode de « l’homme invisible devenu premier rôle » semble nous enseigner une chose : plus le journalisme cherche à décrire le présent, plus il est utile. Plus il ambitionne de prédire l’avenir, plus il se tire une balle dans le pied.

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