Pourquoi la controverse sur le burkini connait-elle un tel succès médiatique alors que le port de ce vêtement de bain ne concerne qu'une poignée de femmes en France ?

C’est le grand « triomphateur » de la quinzaine écoulée… Le burkini remporte haut-la-main le palmarès de la Une des journaux. Pourquoi la mayonnaise médiatique a-t-elle pris aussi vite, aussi fort ?

Première explication, c’est tout simplement… le mot.

Formidable, ce mot… BUR-KI-NI !

C’est un peu comme… Pokemon ou Pikachu, l’autre grand succès de l’été ! Ça claque, c’est sexy, c’est vendeur ! Peu importe si le mot est à lui seul un oxymore : burqa et bikini a priori, c’est incompatible ! Peu importe si en plus ça n’a rien d’une burqa puisque le visage n’est pas couvert. Seul le son compte. Rythme ternaire, des consonnes et des voyelles qui claquent. Religieux et sexuel à la fois… Parfait pour la Une !

Deuxième paramètre : le « lieu du crime » !

La plage… Emblème des vacances, sujet estival. Et lieu où s’exprime par excellence l’état du code social sur notre relation au corps. Monokini ou Bikini ? Short ou slip moulant ? Faites votre choix ! Ou plutôt ne le faites pas, la société vous l’impose… La plage est un lieu propice à la fantasmagorie, et en même temps un lieu normatif.  Sur la plage, déroger à l’habit dominant, c’est être perçu comme marginal. La presse est donc l’expression d’un discours normatif.

Discours, on le notera au passage, porté d’abord… par des hommes…

La date et l'échalote

Le sujet prend de l’ampleur le week-end du 15 août, où la presse… n’a rien à se mettre sous la dent ! Avec l’affaire de Sisco, on remplit les journaux ! Et comme par-dessus le marché on est en sous-effectifs dans les rédactions, congés obligent… On ne prend pas vraiment le temps de vérifier s’il y avait des burkinis à Sisco

Trois jours plus tard, on réalise que ce minable fait divers n’a aucun rapport avec le vêtement de bain… Mais c’est trop tard ! Le sujet est monté en flèche, en raison, 4e paramètre, de la surenchère de la classe politique… Prise dans une course à l’échalote….

A l’aube de cette année électorale, le ton est donné. Priorité à la controverse, qui satisfait les penchants simplificateurs d’une partie de la presse. Comme le sujet devient politique, les médias en parlent de plus belle.

Comme la presse en parle, les politiques se sentent obligés de réagir, et ainsi de suite dans une spirale sans fin… D’ici à mai prochain, les polémiques à la Pokemon, pardon à la Burqini, vont se multiplier.

Faut-il que les médias s’en fassent systématiquement l’écho au risque d’alimenter un jukebox stérile loin du monde réel ?

Posons-nous la question pendant qu’il est encore temps…

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