Un assassin qui crie « Allahu Akhbar », c’est un « scénario idéal » pour faire la Une des médias. Entre… inquiétude légitime face à la radicalisation islamiste et… référent fictionnel tout droit sorti d’un film d’horreur.

Dans le bruit médiatique dominant, ce « cri du tueur » a été abondamment évoqué après les trois « attaques » du début de semaine.

Onze personnes ont  été blessées ce dimanche soir à Dijon.
Onze personnes ont été blessées ce dimanche soir à Dijon. © MaxPPP / Christian Guilleminot

Seulement voilà, qui a vraiment dit en arabe « Dieu est le plus grand » ?

A Joué les Tours, les faits semblent confirmés, l’apprenti terroriste a bien prononcé la phrase.

A Nantes, c’est l’inverse : l’auteur de l’agression n’a rien dit de tel.

Reste l’affaire chronologiquement au milieu, à Dijon, celle par laquelle s’est instaurée l’impression d’une loi des séries, « Peur sur Noël »…. !

C’est la plus troublante sur le fonctionnement médiatique…

Lundi matin, juste après les faits, de nombreux médias affirment que l’agresseur a prononcé la fameuse formule. A l’origine de cette affirmation : une dépêche de l’Agence France Presse titrant, peut-être un peu précipitamment, « Un automobiliste fonce sur des passants aux cris d’Allahu Akhbar ».

Mais dans le corps de la dépêche, pas de témoins directs du cri en question. Les journalistes évoquent uniquement, je cite, « des témoignages recueillis par la police ».

Quelques heures plus tard, nouvelle dépêche de l’AFP : dans cette version corrigée, c’est l’homme lui-même qui a affirmé aux policiers avoir crié « Allahu Akhbar pour, je cite, se donner du courage ».

Toujours pas de témoin de la formule choc. Et sachant que l’homme a fait 157 passages en unité psychiatrique, il peut même s’agir d’une affabulation totale. Il n’y a donc qu’une seule affaire, où le cri est avéré. Aucune loi des séries.

La responsabilité des politiques

Certains y ont évidemment un intérêt bien compris. Le Front National ne s’est pas privé de faire l’amalgame, en assimilant tous ces événements au terrorisme islamiste. Mais le pouvoir en place, lui aussi, contribué à dramatiser la situation.

Comme son premier ministre, le chef de l’Etat en déplacement à St Pierre et Miquelon, s’est senti contraint d’en parler.

Avec des propos… paradoxaux : « ces trois affaires n’ont rien à voir », mais il faut renforcer la vigilance…

Les dirigeants politiques sont souvent persuadés que face au moindre fait divers, il faut… « occuper » le terrain médiatiquement. Pour ne pas se voir reprocher d’être insensibles ou inactifs.

Mais en mélangeant ces affaires, ils peuvent aussi se transformer en pompiers… pyromanes…

Trop vite

Les médias n'allaient évidemment pas se taire.

A fortiori dans le contexte de radicalisme islamiste.

Mais c’est précisément, aussi, à cause de ce contexte, que la presse doit…peser les mots.

Il ne s’agit pas… de ne pas dire.

Il s’agit de ne pas aller trop vite.

Pour éviter … d’être inexact et d’alimenter la psychose générale, en titrant sur la formule la plus facile, la plus vendeuse. En l’occurrence… « Allah Akhbar » !

Sans compter qu’aller trop vite, c’est aussi… alimenter le mimétisme… Suggérer aux plus radicaux « un mode opératoire », comme le soulignait cette semaine, sur France Inter, l’expert psychiatre Roland Coutanceaux.

Aller trop vite, c’est… tentant… mais c’est jouer avec le feu.

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