Le chômage baisse pour le mois de janvier 2016
Le chômage baisse pour le mois de janvier 2016 © MaxPPP

C’est une liturgie. Chaque mercredi de la dernière semaine du mois, la cloche sonne… à 18h pile.

Et « tombent » les « chiffres du chômage »…

Un « « timing » minuté, qui ménage à la fois les éditions du soir des radios, les JT de 20h, et la presse écrite du lendemain.

De temps à autre, ça fait aussi partie du rituel, le ministère a vendu la mèche un peu plus tôt à quelques journalistes triés sur le volet…

Mais ce rituel place désormais la presse, France Inter y compris, dans l’embarras.

Examinons le traitement médiatique des résultats tombés avant-hier. Pour mémoire une baisse de 0,8%.

La plus forte depuis 8 ans. 28.000 chômeurs de moins.

Quasiment toute la presse a fait la même chose: un gros titre et en même temps une minimisation du sujet. Exemple, parmi beaucoup d’autres : Ouverture du JT de France 2. Mais aussitôt suivi d’un décryptage pour dire: ces chiffres ne sont pas fiables.

C’est troublant : comme une forme d’oxymore.

Si ces chiffres ne sont pas fiables, ils ne devraient pas faire la Une.

Les tours de "passe-passe"

Et de fait, ces chiffres ne sont pas fiables.

Ces statistiques de Pôle Emploi, en tous cas sur un seul mois, ne sont pas réellement pertinents.

Pour trois raisons :

  • On peut être au chômage sans être inscrit à Pôle Emploi.

  • A l’inverse on peut être inscrit à Pôle Emploi sans chercher vraiment du travail.

  • Enfin, ces chiffres sont faussés par les tours de « passe-passe » politiques, notamment les « plans formation » qui « déplacent » les chômeurs, de la catégorie A, la seule scrutée, à la catégorie D, oubliée des médias.

A l’inverse, l’indice trimestriel de l’Insee, est sans doute plus fiable. Il répond aux critères du Bureau International du Travail, et permet donc des comparaisons avec nos voisins.

Le prochain sera publié dans une semaine.

Mais, on peut parier, il ne fera pas l’ouverture du JT !

Le poids politique

Alors pourquoi un tel attachement aux chiffres de Pôle Emploi ?

Trois paramètres expliquent ce traitement médiatique fort, qui révèle donc aussi une forme de schizophrénie journalistique :

  • L’habitude du rituel. Avec ses passages obligés, commentaires des partenaires sociaux, ou des économistes.

  • C’est le point crucial : le surinvestissement de la classe politique sur ces chiffres. Incarnation paroxystique : le choix de François Hollande de lier son destin à l’évolution de cette courbe. C’est le poids politique qui dicte donc l’attitude médiatique.

  • Enfin 3 : la force du réel. Nous savons tous à quel point le chômage est LA plaie qui affecte les Français.

Mais sur ce dernier point, l’enjeu est ailleurs que dans les statistiques : il s’agit surtout de continuer, par le reportage, à retranscrire le drame social du chômage…

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