non-lieu requis pour dsk dans l'affaire du carlton
non-lieu requis pour dsk dans l'affaire du carlton © reuters

Les décisions de justice ne tomberont que, fin mai pour l’un, début juin pour l’autre.

Il faut donc éviter de spéculer sur les verdicts. Néanmoins le déroulement de ces deux procès très médiatisés, qui viennent de s’achever en l’espace de quelques jours, interpelle nos pratiques journalistiques.

Comme le relève fort bien le dessin de Plantu dans L’Express, cette semaine…

Les audiences se sont soldées par le fait que le parquet a demandé la relaxe pour les deux personnalités politiques concernées, Dominique Strauss Kahn, Eric Woerth.

Ces deux mêmes que la presse semblait avoir condamnés par avance.

On a certes le droit d’y voir une indulgence de la justice pour les hommes de pouvoir, et un avatar de la célèbre morale de La Fontaine, « selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ».

Mais ce soupçon récurrent sur la justice n’exonère nullement la presse d’un nécessaire exercice d’autocritique.

Les excès de la presse

Les avocats des prévenus l’ont souligné, non sans raison, lors des audiences.

Dans les deux affaires, une partie de la presse a multiplié les « révélations » sur les politiques : soupçon de financement occulte d’un côté, soupçon de proxénétisme de l’autre. De l'argent d'un côté, du sexe de l'autre, ingrédients de l'emballement médiatique.

Dans le cas de DSK, des procès-verbaux se sont retrouvés à la Une déballant publiquement les pratiques sexuelles d’un homme, pratiques qui à bien des égards ne nous regardent pas. Il y avait là une forme de dérive people, de voyeurisme salace, à des fins en partie commerciales.

Et au bout du compte, à l’audience, ces dizaines de pages de PV ont été évacuées ... en quelques minutes.

Dans le cas de Bettencourt, le fantasme de l’affaire d’Etat, toujours séduisant pour les journalistes, a conduit à des spéculations en série, sans preuves tangibles, sur un supposé financement illicite de la campagne de Nicolas Sarkozy par Liliane Bettencourt.

Et au bout du compte, non-lieu pour l’ancien chef de l’Etat, et probable relaxe pour l’ancien trésorier de campagne.

Dans les deux cas, plusieurs atteintes à la vie privée, et des violations répétées du secret de l’instruction.

Bref, des procès médiatiques façon jeu du cirque, déconstruits par la rigueur des procès judiciaires.

Enquêter malgré tout

Il ne s’agit nullement de renoncer à l’investigation sur les sujets sensibles.

Mais il s’agit d’enquêter avec discernement, sans basculer dans le lynchage.

Il s’agit aussi d’éviter se poser en détenteur de la morale. Quelle légitimité avons-nous pour nous faire l’arbitre du degré de déviance des pratiques sexuelles ?

Il s’agit surtout de ne pas faire des « fixettes » qui nous font perdre de vue…l’essentiel.

Dans le procès du Carlton, l’essentiel ce n’est pas DSK. C’est bien davantage la mise en lumière de l’ignominie de la prostitution, et des curieuses pratiques en la matière dans l’univers du BTP.

Dans le procès Bettencourt, ce n’est pas Woerth ou Sarkozy, c’est…

  • la mise en évidence d’une pratique répandue, l’abus de faiblesse auprès des personnes âgées…

  • Et… les choix financiers de la femme la plus riche du monde…

Rappelons que sa fortune, 26 milliards, lui permettrait, par exemple, de combler l’intégralité du trou de la Sécurité Sociale, tout en finançant la totalité du budget annuel de la Justice !!

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