File d'attente pour de l'essence à Harfleur
File d'attente pour de l'essence à Harfleur © Radio France / Eric Damaggio

Ah, les files d’attente devant les stations-service !

Comme sur cette « Une » du Parisien avant-hier, on se serait cru cette semaine dans un film de Jacques Tati sur notre société dite « moderne ».

La « panique à la pompe »…

Ouverture de tous les JT de TF1, France 2, France 3, pendant 3 jours de dimanche à mardi inclus.

Pourtant, le week-end dernier, seules 5% des stations étaient en rupture de stock. Mais les médias s’en sont mêlés. Et aussitôt, les automobilistes se sont précipités. 4 fois plus de demande qu’en temps normal. C’est une « prophétie auto-réalisatrice », concept bien connu de la sociologie : le phénomène que nous redoutons se produit parce que… nous en parlons.

Evidemment, tout ça n’arriverait pas s’il n’y avait pas conflit social, et si l’irrationalité de la pénurie ne régnait pas dans notre inconscient collectif.

Mais ça n’arriverait pas non plus sans l’effet démultiplicateur de la caisse de résonance médiatique. Elle a trouvé son incarnation la plus fantaisiste dans une carte de France des stations en rupture de stock.

Carte fondée sur une application Internet dont personne n’a vérifié les informations.

Le "bras de fer"

Pourquoi une telle fascination de la presse pour ce sujet ?

Il y a deux grandes raisons.

La première tient à la mythologie de la voiture.

Icone du siècle écoulé.

Après la météo, c’est LE sujet dont les journalistes présupposent qu’il constitue une sorte de plus grand commun dénominateur, pour les auditeurs – lecteurs – téléspectateurs.

La bagnole, ça fait causer. Donc on en parle.

Et puis il y a cette image de la « pompe à essence »…. L’automobiliste debout, statique, attendant que… le réservoir se remplisse….

Dans un siècle, elle aura sans doute disparu. Mais pour l’instant, comme prendre le pain chez le boulanger, c’est une « balise de la vie »…

Ajoutons enfin que les journalistes, eux aussi, ont besoin de la voiture pour effectuer leurs reportages. Donc la pénurie, ça les concerne aussi directement !

Deuxième série de raisons, c’est la passion journalistique pour le conflit social quand il se durcit.

C’est plus vendeur. On peut simplifier.

C’est, au choix dans le vocabulaire, « le duel » ou le « bras de fer ». Coup de menton du premier ministre contre coup de moustache du patron de la CGT. Tatata !

Libre à vous de décider qui est le bon, qui est le méchant, et qui meurt à la fin. …

Un jerrican pour les mamans

Et quand on simplifie, on a tendance à oublier d’autres aspects du sujet.

Relégué, le débat de départ, sur la loi El Khomri.

Négligé, le rôle des autres syndicats, CFDT ou FO.

Oublié, surtout ce que révèle cette « panique à la pompe » : à savoir la dépendance de notre société aux énergies fossiles, ici le pétrole !

Sur Internet, les tweets ironiques n’ont pas manqué cette semaine.

Les uns comparent la situation à celle d’un film d’horreur où les automobilistes « erren »t tels des zombies…

Les autres proposent d’offrir pour la fête des mères dimanche, un joli jerrican rempli d’essence…

Bonne fête maman !!!

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