15/11/2015, hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Paris.
15/11/2015, hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Paris. © Pierre Teyssot/MAXPPP

Le rôle et le penchant naturels des médias, c’est le zoom… avant.

Aller voir au plus près. Sur le terrain.

Faire ressentir l’émotion.

Suivre l’agitation.

C’est ce que nous vivons depuis deux semaines.

Pris dans un mouvement perpétuel, un sentiment d’urgence où se mélangent plusieurs dimensions. D’abord les témoignages, la compassion pour les victimes, qui trouvera son point d’orgue tout à l’heure lors de l’hommage national, légitime et nécessaire.

Ensuite, les explications des policiers, la traque des assassins, la découverte de leur visage, de leur identité, de leur parcours. Et puis la mobilisation politique, les mesures de police exceptionnelles, les frappes militaires, le ballet diplomatique…

Les informations se chassent les unes et les autres. Totalement centrées sur les attentats, dans une accumulation d’émotions. A toute vitesse.

Et la presse y est d’autant plus sensible que le 13 novembre au soir, les terroristes ont visé un milieu social en proximité immédiate avec le monde des médias.

Les dirigeants politiques sont tendus, a fortiori dans un contexte électoral. Les journalistes le sont aussi, tant ils se sentent visés.

Résultat : c’est d’abord l’émotion qui fait la Une.

La douleur, la peur, la colère, la vengeance.

Prendre du recul

Il est évidemment normal de ressentir de l'émotion.

Et l’exprimer, c’est… sain.

Mais à trop garder le nez collé sur cette spirale d’émotions, la presse risque d’oublier… le zoom… arrière.

Elargir le champ. Ralentir. Réfléchir.

Les Britanniques disent… « the bigger picture ».

Comprenez : prendre du recul pour voir la totalité du paysage.

C’est l’excellente idée retenue hier par Le Monde, sous le mot clé « Penser le 13 novembre »

Prendre du recul, c’est relever un chiffre, passé relativement inaperçu il y a quelques jours : l’an dernier, le terrorisme a fait 32.658 morts dans le monde.

32.658 !!

Dans 162 pays.

10.000 victimes en Irak. 10.000 ! 7500 au Nigeria. Et des milliers d’autres en Syrie, en Egypte, au Yémen, en Afghanistan.

Prendre du recul, c’est aussi s’interroger sur l’efficacité réelle des écoutes organisées, sur le financement du terrorisme, ou sur nos alliances avec les pays du Golfe (Christian Chesnot le faisait à l’instant même dans le journal)

Prendre du recul, c’est mesurer qu’au-delà des actes terrifiants et spectaculaires des terroristes, l’avenir de l’Humanité toute entière se joue en partie lors des 2 prochaines semaines à Paris avec les négociations sur le climat.

C’est un message difficile à faire entendre en pleine séquence de solidarité nationale, mais il n’a rien de contradictoire avec la compassion et encore moins avec l’indispensable lutte contre la terreur.

Rester lucide, ne pas céder à la dictature de l’émotion.

Un défi pour le journaliste, qui n’est pas un historien.

Mais une vraie responsabilité : essayons de réfléchir à ce qui restera, dans un siècle, de ces journées de fin 2015.

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