La crise catalane est abondamment couverte par la presse car c'est un feuilleton à suspense avec un poids mythologique fort. Mais elle est aussi traitée avec une grille de lecture très franco-française.

Comme dans un célèbre grand magasin parisien : en Catalogne, il se passe toujours quelque chose !

C’est la première raison pour laquelle la couverture médiatique est aussi abondante : il n’est quasiment pas un jour, depuis un mois, sans un nouveau rebondissement à Barcelone. Si le pire n’était à craindre tant le risque de dérive violente est élevée, on pourrait dire dans un sourire : c’est un très bon feuilleton journalistique.

Avec… la bonne dose de suspense. Et avec… une situation qui peut sembler binaire, donc vite résumée : Madrid contre Barcelone. Comme au football. Un match, un duel. 

Résultat : le sujet est « facile à vendre ». 

Ajoutons-y que la crise se déroule en Europe, tout près de chez nous. On y est donc plus sensible qu’à d’autres velléités séparatistes, au Baloutchistan ou au Somaliland. Il y a bien sûr aussi le poids de l’Histoire : la presse est influencée par le souvenir de la guerre civile espagnole, dont la dimension mythologique est très forte en Europe. 

Pressions sur les journalistes

Enfin, dernier paramètre : la solidarité journalistique. Ca relève peut-être de l’entre soi, mais ça n’en existe pas moins. 

Les journalistes étrangers, français en particulier, s’identifient à des confrères espagnols, empêchés de travailler

Côté Madrid, la télévision publique, sous influence du pouvoir central, minimise la volonté indépendantiste.

La censure est proche. A tel point que les journalistes de la rédaction ne le supportent plus et crient, je cite, à la « verguenza », la « honte ». Et la probable mise sous tutelle des médias catalans par Madrid est tout aussi préoccupante.

Et côté Barcelone, ce n’est guère mieux.  Un rapport de « Reporters sans frontières » dénonce les pressions répétées des indépendantistes catalans sur les journalistes, qui font aussi l’objet de harcèlement sur les réseaux sociaux.

Ces pressions de toutes parts démontrent d’ailleurs à quel point la liberté de la presse peut être rapidement menacée, même en démocratie.

Jacobins et Girondins

La presse française, elle, n’est pas censurée, mais elle a aussi du mal à traiter la crise catalane de façon neutre...

Comme si on ne pouvait pas s’empêcher de plaquer sur le sujet, une grille de lecture franco-française.

Par exemple l’emploi répété et un peu erroné du mot régionalisme. La Catalogne présente davantage les attributs d’une nation, et en tous cas se voit comme telle, à l’image de l’Ecosse par exemple.  Toute la question étant de savoir si cette nation doit, ou pas, avoir un Etat qui lui soit propre.

Plus frappant encore : la presse française, écrite en particulier, se déchire sur le sujet, éditorialise, prend position. 

Certains donnent raison à l’Etat central espagnol, vu comme un garant de stabilité. D’autres privilégient la revendication indépendantiste, perçue comme une identité révolutionnaire quasi romantique.

Ce traitement souvent orienté, dans un sens ou dans l’autre, n’est pas le signe d’un authentique intérêt pour la situation espagnole. Il est plutôt le reflet d’une vieille division… hexagonale : les Jacobins contre les Girondins, l’Etat central contre la décentralisation. 

Et cette vieille querelle franco-française, très présente dans notre imaginaire collectif, pollue notre perception et notre traitement journalistique de ce suspense catalan…

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